Vincent Josse critique Michel Bouquet

Vincent Josse / Michel Bouquet

Le 31 janvier dernier, un événement incroyable s’est produit pendant l’émission « Le masque et la plume » sur France Inter. Un crime de lèse-majesté a été commis par Vincent Josse qui, dans l’exercice de la critique, a osé dire, parlant d’un nouveau spectacle dans lequel Michel Bouquet occupe l’affiche, que ce dernier était dorénavant trop vieux (plus de 90 ans) et qu’il devrait s’arrêter de jouer. Les contradicteurs n’ont pas manqué dans le studio, s’indignant que l’on pût traiter de la sorte la star des plateaux du théâtre privé.

J’ose le dire : il y a plus de 15ans que je pense cela, comme Vincent Josse. J’ai aimé Michel Bouquet. Passionnément. Il a été un sublime Roi de Ionesco. Il a été un magnifique neveu de Rameau de Diderot, il m’a bouleversé dans Godot et dans Fin de partie de Beckett, je l’ai adoré dans tout ce qu’il a pu faire depuis que je suis arrivé à Paris en 1981. Mais en 2004, il y a donc déjà fort longtemps, lors de la reprise du Roi se meurt, la sensation d’un acteur tout seul sur le plateau me frappait. Trois années plus tard, il interprétait Harpagon de l’Avare et était totalement isolé sur le plateau. Lors de la générale au théâtre de la Porte Saint-Martin, où de nombreux acteurs étaient présents, les applaudissements ont été nourris, mais le commentaire en off était moins élogieux. Depuis j’ai cessé de le voir par ce que je continue de l’aimer.

Le public suit toujours cet immense artiste, qui a été plus qu’il n’est. C’est son droit de jouer, c’est celui du public de l’admirer, encore et encore. Mais on ne peut faire reproche à Vincent Josse d’objectiver l’indicible et d’exprimer ce que beaucoup de monde pense sous le manteau, excepté Armelle Heliot, évidemment.

Comments

comments