« Tempête sous un crâne »

hugoEn ayant (enfin) vu « tempête sous un crâne », d’après Victor Hugo, mis en scène par Jean Bellorini, au théâtre d’Ivry – Antoine Vitez, j’ai ressenti, une fois encore, l’actualité politique évidente de Victor Hugo, et en particulier des « misérables » dont ce spectacle est une forme d’adaptation narrative remarquable.

Qu’on y songe. Il est de bon temps, dans les milieux bourgeois d’une droite conservatrice, de glorifier les grands auteurs du XIXe, Maupassant, Zola, Hugo, Flaubert, et quelques autres encore, dont la parole politique est pourtant singulièrement engagée, et dont les louangeurs de belles lettres ont tôt fait d’ignorer la portée démocratique fondée sur des valeurs de gauche. Chez Hugo, l’histoire de Jean Valjean n’est rien d’autre qu’un récit de l’inefficacité de la peine dans une société injuste qui condamne un homme au bagne pour avoir volé un pain, qui allonge sa peine après qu’il ait tenté d’en fuir, et qui, une fois libre, le marque au fer rouge du mot de « forçat » et le condamne à vivre comme un renégat, poussé de fait au vol et au crime car n’ayant aucune place possible dans la société. Le récit Hugolien sublimé dans cette mise en scène incroyable où la révolution se fait à coup d’accordéon, et où les comédiens sont moins interprètes d’un personnage que lecteur du roman, rappelle la puissance évocatrice de ce texte. J’ai déjà été frappé par l’intérêt de Victor Hugo pour les personnages de faibles conditions, je suis encore plus marqué par la réception de ce texte aujourd’hui et la force du symbole « Jean Valjean ».

Car, qu’on y réfléchisse : Le débat en cours autour de la réforme pénale, portée courageusement par Christiane Taubira, la Garde des Sceaux, n’est autre que la volonté de tirer les conclusions de plus de trente ans d’entêtement dans des politiques pénales qui se sont durcies successivement, pour atteindre le paroxysme sous Sarkozy – à chaque fait criminel, une nouvelle peine ! – et observer l’échec de nos stratégies d’enfermement successives qui produisent de la récidive à foison.

Il n’y a qu’en France où l’échec observé d’une politique publique puisse faire l’objet de tels mensonges répétés, motivés par des intérêts électoraux à courte vue et qui n’ont jamais, depuis tant d’années, permis d’améliorer la situation et encore moins de régler le problème. Il n’y a qu’en France où la réalité des faits suscite une hystérie politique largement animée par des hommes et des femmes politiques suicidaires. Il n’y a qu’en France où l’échec d’une politique avérée aboutit à sa poursuite, voire à son aggravation. La réforme pénale entend enfin dire STOP à la folie carcérale et tente d’inventer de nouvelles réponses pour sanctionner le délinquant (on ne parle que de délinquance) et lui permettre de trouver un suivi qui l’éloigne des chemins du crime. La seule réforme dont la gauche pourra être fière, si elle est adoptée, est bien celle-là. Elle fait écho à Hugo que cette mise en scène sublime honore et renouvelle à la fois.

C’est un acte artistique puissant de redécouvrir ce texte à travers cette mise en scène. C’est aussi un acte politique de se référer à Hugo pour y trouver les fondements philosophiques et humains d’un changement nécessaire dans une société encore très fermée sur elle-même.

Spectacle jusqu’au 25 mai 2014.

Theâtre d’Ivry Antoine Vitez.

01 43 90 11 11

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