Je suis favorable au travail culturel le dimanche !

Le débat hystérique – et très français – qui oppose partisans et opposants au travail du dimanche, laisse toujours de côté les évidences. Quels sont ceux des opposants au travail du dimanche qui n’ont jamais fréquenté, avec satisfaction, un musée, une salle de cinéma, un théâtre, ou ont assisté à un concert, un dimanche, un jour férié, un jour de fête ? Evidence parmi les évidences, le travail culturel existe. Les festivals d’été ne s’interrompent pas le jour du Seigneur, les matinées du dimanche sont très appréciées des spectateurs travailleurs qui n’aiment pas les sorties nocturnes ou qui gèrent ainsi mieux les contraintes de la vie familiale, de la messe, de l’âge, ou de la vie amicale. Les artistes sont assurément volontaires et n’ont jamais imaginé que leur mode d’organisation soit fondée autrement que sur la satisfaction du public, leur raison de vivre. Mais le caissier, l’agent de sécurité, le placier, le vendeur de cacahuètes, lui, n’a peut-être pas la même forme d’engagement, et il travaille pourtant avec l’évidence que la culture est accessible le dimanche. Point. Sans autre forme de discussion possible, que l’on se situe en ville, à la campagne, en zone commerciale, touristique, ou autre zonage potentiel, la culture est d’autant plus accessible qu’elle s’organise pendant le temps disponibles des gens.

Mais sait-on que, dans cet univers culturel, il y a quelques exceptions surprenantes. Les médiathèques municipales – ou intercommunales – sont toutes fermées le dimanche, leurs horaires sont totalement adaptés aux employés et totalement inadaptés aux usagers. Un équipement de lecture publique ouvert après 18 ou 19 heures, est chose rare, voir, très rare. Leur temps moyen d’ouverture se situe entre 20 et 30 heures par semaine. Peut-on s’en satisfaire ?

Les conservatoires ont des horaires plus souples car les élèves, pour une majorité d’entre eux des enfants et des jeunes, étant à l’école, ne peuvent faire leur apprentissage musical, théâtral, plastique ou de danse, qu’en dehors des horaires de classe. Cette adaptation reste toute relative, car pendant les vacances scolaires, ces établissements d’enseignement artistique sont à peu près tous fermés, postulat étant fait que les jeunes étant en vacances, ils n’ont pas le loisir de profiter de ce moment pour approfondir leur apprentissage artistique ! Ainsi, ces établissements financés par l’argent public, sont essentiellement fermés. Doit-on s’en contenter ?

Les musées, quant à eux, ont su depuis longtemps, s’ouvrir davantage. Peu de fermeture annuelle, très peu de fermeture pendant les vacances scolaires, mais en revanche, des horaires hebdomadaires surprenants, souvent divergents les uns avec les autres, avec bien des fermetures très précoces en journée, et, pour les établissements riches, une nocturne hebdomadaire (nocturne voulant dire 22 h), exception faite de quelques grands établissements nationaux qui ont élargi leur grille quotidienne. Mais certains musées ferment le lundi, les musées nationaux ferment le mardi, et les touristes n’y comprennent pas grand-chose. Veut-on s’en contenter ?

Le Président de la République a eu à cet égard raison : en inaugurant le musée Picasso, il a fort justement indiqué la nécessité d’élargir les horaires des musées nationaux, et d’assurer leur ouverture 7 jours sur 7. Mais ce faisant, il pose une question qu’il faut immédiatement étendre. C’est toute la culture qui doit être accessible 7 jours sur 7, musées, médiathèques, conservatoires, théâtres, cinémas. Pour les établissements publics, l’équation ne sera pas toujours facile à résoudre. Car à la demande toujours réaffirmée, de diversification des ressources, il faudra aussi admettre que le service public de la culture a un coût qu’il faut savoir évaluer au moment de décider de mesures d’accroissement de la dépense afin d’élaborer des solutions en cohérence avec le projet culturel de chacun des établissements visés par la mesure.

Il faut sortir des corporatismes pour résoudre ces problèmes de temps de travail et d’organisation du service public. Les gardiens de musée n’ont pas nécessairement besoin d’être tous fonctionnaires, ils ont revanche besoin de qualifier leur expérience et d’être appréhendés comme des médiateurs et non seulement des gardiens. C’est un changement de profil qui se dessine. De même dans les équipements de lecture publique ou d’enseignement artistique, il faudra lever les tabous des professionnels « conservateurs » un rien « conservateurs » ! La responsabilité locale de ces équipements, souvent municipaux ou intercommunaux, ne favorise pas l’élaboration d’une solution globale.

Adapter les horaires des services publics de la culture, au temps de la vie, est une belle réflexion dans une société en crise. La Maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé un projet en ce sens dans quelques établissements de lecture publique de Paris, il faut s’en réjouir et suivre cette expérimentation de près. Les spectateurs continuent assidument d’aller au spectacle, au cinéma, de lire, et d’écouter de la musique. Dans une période de crise, il s’agit d’un élément important de confiance et de moral. Ce sujet des horaires d’ouverture des équipements culturels est posé sur la table depuis plus d’une décennie, et n’a toujours pas trouvé de réponse à la hauteur de l’enjeu. Un beau sujet de politique publique, pourtant, que le Président de la République a lancé ! Il faut s’en saisir.

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