Je ne suis plus à Avignon…

Je ne suis plus à Avignon…..et je suis heureux, une fois rentré à Paris, de voir la presse s’enthousiasmer pour quelques grands spectacles qui ont incontestablement manqué pendant la première période, celle où j’étais. Je reste cependant prudent : les critiques tombent vite dans l’excès. L’art de démolir repose sur les mêmes fondements que celui d’encenser. La lecture de certains articles critiquant des spectacles que j’ai vus, même quand je ne les ai pas appréciés, m’est apparue excessive, caricaturale, sans nuance, et n’aidant en rien à l’analyse du spectateur.

Sans prétendre tirer un bilan autre que personnel, les déceptions artistiques ont été nombreuses, très nombreuses, pour cette année de transition dans la direction artistique. Cela n’augure en rien du bilan qui sera effectué à la fin du festival et qui permettra d’avoir une vision plus panoramique que celle du simple quidam que je suis.

Je ne relèverais qu’une chose. Ecropped-avignon-2013.jpgn ayant nommé un artiste à la tête du festival, celui s’accorde des moyens de production assez puissants puisqu’il ne présente pas moins de trois spectacles dont il a commis la mise en scène. Ce n’est pas rien ! Cela interroge sur la mission même de programmation qui est tout de même la première dont il doit assumer la responsabilité artistique. Tout laisse à penser que le directeur du Festival est puissamment accompagné dans ses choix artistiques de programmation – ce qui est normal en soi – au point de douter qu’il les effectue véritablement lui-même. Il s’agit d’une question sérieuse car assumer trois mises en scène en plein festival l’éloigne naturellement ou de ses spectacles, ou du festival. Il ne suffit pas de le voir en tous lieux pour s’en rassurer.

Son propre théâtre interpelle sur le regard artistique qu’il porte à son travail, d’abord, et sur celui des autres, ensuite. J’évite de faire de ce blog un espace de critiques artistiques ; cela ne m’intéresse pas tant celles-ci constituent un élément d’affadissement de la pensée et de perte d’autonomie de la réflexion. J’aime apprécier les spectacles selon mon propre référentiel, selon mes mises en perspective personnelles et à partir des échanges entre amis et professionnels qui m’apportent davantage que la lecture des journaux.

Mais j’appelle le spectateur à mettre en perspective le travail des uns et des autres, et de s’interroger sur l’écriture du plateau entre Julien Gosselin, Matthieu Roy, Olivier Py, Angelica Lidell ou Vincent Macaigne, pour ne citer que quelques noms de jeunes metteurs en scène. Cette question est essentielle pour celui dont la responsabilité dans les années qui viennent est de rendre possible et de donner à voir des spectacles qui révolutionnent le regard, qui changent la perspective artistique, et qui interpellent le monde autrement que par des incantations pseudo politiques.

Je partage la réflexion d’Olivier Py quand il affirme que les artistes doivent prendre la parole « politiquement » au risque de devenir des artistes « décoratifs ». Formule juste et forte. Disant cela, il doit s’interroger sur son langage du plateau. On ne parle pas politique en mettant en scène un ministre de la culture ridicule mais en parlant au contraire à tout le monde dans un langage artistique renouvelé.

Ma seule inquiétude est là.

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