Stéphane Bern : une politique culturelle de communication.

La polémique née de la nomination de Stéphane Bern en qualité de chargé d’une mission relative au patrimoine, étonne à tout le moins. Qu’un animateur de télévision, quasi royaliste, se trouve en charge d’identifier le patrimoine nécessitant des travaux de restauration, surprend.

Le diagnostic du patrimoine en danger est parfaitement identifié au 9/10e, à la fois par les architectes du patrimoine, par les services déconcentrés de l’Etat, et par les collectivités territoriales. La question est donc moins l’identification des dits patrimoines que la capacité à imaginer des solutions innovantes pour en financer la restauration, car ni l’Etat, ni les collectivités ne sont en mesure, sur des budgets classiques, de mobiliser les dizaines de millions nécessaires.

Faut-il une personnalité « médiatique » pour mener une telle réflexion… là est la vraie question ? Dans ce cas là, Catherine Deneuve pourrait faire l’affaire ! Ou Nicolas Sarkozy – qui s’ennuie paraît-il – l’ami des milliardaires. Ou quelqu’autre personnalité du monde du spectacle, de la télévision, du sport…

Evidemment, d’autres questions se posent. La personnalité « royale » de Stéphane Bern, son attachement sincère aux vieilles pierres, aux châteaux, églises et cathédrales, ne risque-t-il pas de faire disparaître du champ de la réflexion, le patrimoine plus contemporain, moins historique au sens « Bernien » du terme, et néanmoins très important. Je pense en particulier à tout le patrimoine du XXe siècle, au patrimoine industriel, au patrimoine du logement social évidemment beaucoup moins sexy que le château de Monte Christo, et néanmoins très riche et devant lui aussi être entretenu et restauré. Il s’avère parfois que ce patrimoine contemporain nécessite des interventions plus urgentes que certains de nos châteaux.

En définitive, faire le choix d’un non scientifique – ni historien, ni architecte du patrimoine, ni rien d’autre qu’animateur de télévision – inquiète à juste titre les professionnels sérieux qui, depuis des années, agissent pour hiérarchiser intelligemment les restaurations, développer des actions de sensibilisation, et élargir les modes de financements pour que l’impôt ne soit pas la seule source imaginable. Car on sait bien que dans 100 ans, nombre de monuments se seront effondrés si l’on ne compte que sur la ressource publique. Ce n’est pas dénier les qualités d’animateur ou de « médiateur » grand public de Stéphane Bern que d’observer qu’il n’est en rien qualifié pour ce travail d’inventaire.

Cette affaire révèle, en définitive, une approche modeste des enjeux culturels par la nouvelle équipe au pouvoir. Depuis le mois de mai et l’installation du nouveau Gouvernement, de la nouvelle ministre de la culture, et des équipes qui les entourent, j’ai pris le temps d’observer. Après les années désastreuses de politique culturelle sous Hollande ( à deux nuances près : l’accord sur les intermittents dû à Valls, et les procédures de nominations dans les CDN et CCN, grâce à Filippetti) , nous attendions un nouveau souffle. Le Président Macron rassure par son intelligence et sa culture personnelle dont nul ne peut douter. La ministre de la culture est femme estimable et son parcours professionnel plaide en sa faveur. Le Premier ministre, ex maire du Havre, donne confiance par l’intérêt qu’il a personnellement porté aux politiques culturelles à l’échelle de sa ville.

Pourtant, 5 mois plus tard, les signaux ne sont pas encourageants. La priorité revendiquée à l’éducation artistique et culturelle sonne comme un catalogue de bonnes intentions. Les deux ministres, de l’éducation nationale et de la culture, s’expriment de façon récurrente sur le sujet, mais ne donnent pas de signes tangibles d’une organisation politique et administrative permettant d’atteindre cet objectif. Or il n’est plus temps de discourir mais d’agir. Et, en ce domaine, ce n’est pas facile sans les collectivités territoriales, qui expriment une méfiance à l’égard du pouvoir exécutif : l’annonce de la suppression de la taxe d’habitation, combinée aux réductions budgétaires affichées dès cette année, ne créent pas le meilleur climat. Dans le même temps, et de façon peu cohérente, de nombreuses villes se sont ruées sur la possibilité de modifier une nouvelle fois les rythmes scolaires, en revenant à la semaine de 4 jours, quitte à sacrifier les temps éducatifs périscolaires, notamment culturels, perçues par elles comme un coût excessif.

Certes, la ministre de la culture a confié une mission à Erik Orsena, ayant pour but de « promouvoir le projet d’ouverture des bibliothèques » ; tout dans l’intitulé exprime le caractère relatif de la mission, qui reconnaît que seules les collectivités locales et territoriales sont en mesure d’agir en ce domaine. Il s’agit donc d’influencer…. on se prépare à de sérieuses déconvenues dans le contexte budgétaire bien connu de tous.

Reste la rentrée en fanfare, je veux dire « en musique », décidée verticalement, sympathique sur le principe, mais trop tardive pour structurer une démarche globale et qui a mis le bazar dans bien des établissements. Peut-être l’initiative peut-elle trouver un beau développement l’an prochain, si elle s’appuie dès aujourd’hui, sur les actions mises en oeuvre dans le cadre de l’EAC. Le symbole deviendra alors pertinent et structurel.

Sans préjuger de l’avenir, le démarrage apparaît poussif. Des personnalités « médiatiques » se voient confier des missions impossibles, des coupes budgétaires sont annoncées pour 2017, mais des assurances sont données pour 2018 ! Le souffle manque. Le cap n’y est pas. Il ne suffit pas d’inaugurer des expositions ou d’honorer de sa présence une première ou une générale, pour faire une politique. « La récréation » , le fameux livre de Frédéric Mitterrand, avait, me semblait-il, donné beaucoup de clés à qui exercerait ce portefeuille. Il serait utile de lire de nouveau ce livre, excellent pour ce qu’il n’est pas : un conseil pour nouveau ministre de ne pas répéter les mêmes erreurs.

Comments

comments