Sabine Drabowitch.

header_g_star copieIl y a maintenant 10 ans que je produis Sabine Drabowitch, écrivain d’abord, chanteuse et musicienne à la fois. Dix années que j’accompagne un projet artistique solide, me confrontant à la dure réalité  d’un univers difficile où l’émergence est un mot qui ne veut plus dire grand-chose. 10 ans et avoir ainsi accompagné la naissance de 3 disques et un livre, constitue pour moi un élément de grande fierté et d’immense modestie. 10 ans que j’ai créé cette petite société « Séraphique productions », du nom de mon défunt chat, inspiré de Charles Beaudelaire et des « Fleurs du mal ».

La chanson est un genre artistique qui me touche et que je trouve mal défendu et mal soutenu, notamment au titre des politiques publiques. J’ai donc voulu m’y investir personnellement. A titre privé. Mais cette idée saugrenue, peuplée de lourdeurs administratives, de tâches ingrates, et de difficultés multiples, ne me serait pas venue si je n’avais pas rencontré l’artiste qui me correspondait intimement. La rencontre avec Sabine Drabowitch s’est faite sans aucun rapport avec la chanson, autour d’un spectacle pour enfant qu’elle avait mis en scène. Et j’ai découvert quasi simultanément, à « l’Ailleurs », petit lieu près de la Bastille, une autre Sabine chantant des textes qu’elle avait écrit. J’ai d’abord été séduit par son écriture. Même plus. Transporté devrais-je dire, tant son genre poétique parlait à ma sensibilité. Une écriture de l’image. Une invention pure, je rêvais d’avoir écrit chaque parole, je gobais au vol un mot, je notais une phrase. Aujourd’hui encore, j’attrape au vol, je note, et ses paroles m’enchantent comme à la première fois. Je me suis ainsi pris à noter tout récemment, lors d’un charmant concert en appartement, ce petit bout de chose là, tout simple, comme ça :

« Tout va si vite, et les éléphants se prennent pour des rossignols à plume

sous prétexte d’un peu de cils autour des yeux…(…)

Alors couchons nous sur la terre rouge mes amour sans armure

Couchons nous sur la terre rouge et voyons :

Quelqu’un saura-t-il ne pas nous écrabouiller ? »

Sabine, c’est cela, des bouts de choses à capter, des paroles délicates, une écriture travaillée, un art du langage singulier, une harmonie sonore complexe et recherchée…

Depuis 10 ans, le travail acharné de Sabine a produit des évolutions phénoménales : Exigeante d’elle-même au plus haut point, j’ai assisté à la maturation de sa démarche artistique, jour après jour, année après année ; la composition et les arrangements, aidés d’abord par Bertrand Belin et maintenant par Michel Taïeb, ont abouti à des évolutions majeures. Un travail d’orfèvre s’est fait avec le temps, pour atteindre une forme d’épure musicale, dans une recherche constante d’invention ; accompagnée de musiciens remarquables, Michel Taïeb, Alexandre Leitao, Cédric Chatelain, pour ne citer que les plus vieux de la vieille, elle a créé un univers particulier, atypique, puissant, évocateur. Le piano a d’abord été remplacé par l’accordéon pour être aujourd’hui supplanté par une guitare électrique incroyablement délicate, le piano à bretelle est là, en contrepoint, et quand on est riche, le hautbois ou la flûte viennent ajouter une touche supplémentaire à un univers coloré qui fait écho à une écriture hautement originale.

En suivant une artiste ainsi, j’ai découvert le travail artistique dans son degré le plus élevé, j’ai compris l’engagement total qu’il signifiait en étant dans l’ombre, caché dans un coin de petites salles où l’on organisait des concerts, en ayant un trac terrible à chaque fois renouvelé, comme si j’étais en jeu moi-même, observant à chaque fois les évolutions, les transformations, découvrant les nouveaux textes, les nouvelles chansons. J’ai, dans cet accompagnement discret, pris encore mieux la mesure de ce qu’est le travail de création. Je n’ai jamais été déçu. En étant là, j’ai appris une réalité que je connaissais seulement de loin, convaincu des choses, certain du travail et de l’engagement artistique. Le vivre de près, chaque jour, m’a renforcé dans l’immense respect que je porte à l’art en général,  à la création en particulier, et à la chanson évidemment.

En dix ans, Sabine a aussi beaucoup travaillé sur elle-même, et notamment sur sa voix. Il suffit d’écouter les trois CD produits dans cette période pour se rendre compte de l’évidence de l’évolution, du point de départ et de l’état actuel de son art qui n’est évidemment pas un point d’arrivée.

Son talent d’auteur n’a jamais faibli, n’a jamais molli, n’a jamais subi de variations saisonnières quelconque. Je reste accroché à ses mots, je vibre à ses images, je ressens son univers comme la certitude d’un talent incroyable, pointu, singulier, à part. Son art de l’image reste pour moi inégalé et il y a dans ses textes une couleur totalement inédite qui doit trouver sa place dans une scène chanson bien vivante dans notre pays. Les quelques critiques qui l’ont écoutée, les quelques journalistes – trop rares – qui ont su venir la découvrir en concert, l’ont toujours pointé. Ce n’est pas seulement la lecture orientée d’un tout petit producteur admiratif de « son » artiste.  C’est la certitude d’être au contact de quelque chose que le grand public ne connaît pas encore, mais qui a une telle particularité qu’il nécessite d’être défendu avec force. La difficulté sans doute est de ne pas être très à la mode, mais avant le succès, bien des artistes n’étaient pas à la mode ! La certitude d’avoir raison, de croire en ce parcours, rappelle que la rencontre avec le public est la chose la plus complexe à organiser, et que dans le domaine de la chanson  en particulier, où celle-ci trouve peu sa place dans les lieux publics de diffusion culturelle, les places au soleil sont rares.

Cette aventure dure encore aujourd’hui. Le mérite est sans doute dans l’acharnement.photo Nous avons quelques belles victoires, celle d’avoir fait quelques petits dont nous sommes fiers, et celle d’avoir rencontré un public qui se développe lentement.

Le dernier disque paru, « Racines et balcons » donne l’impression d’une évolution en cours. On sent  un intérêt nouveau. Les concerts se multiplient doucement, les disques se vendent plus rapidement que moins lentement, et l’écoute est belle. On se plaît à croire que le tournant arrive, et que Sabine trouvera de plus grandes salles, élargira son public, que la presse « écoutera » et peut-être diffusera, juste pour donner envie…

Prochain concert à l’espace Jemmapes, « la scène du canal », le 31 mars, à 20 h, en co-plateau avec Vladimir Anselme.

Photos :  Ludwig Gutierrez

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