Rentre chez toi, André Malraux, ils sont devenus fous.

C’est une première sur ce blog, de publier le texte d’un autre. Mais je veux rendre hommage, à sa très juste valeur, à la magnifique chronique de politique culturelle de François Morel, entendue sur France Inter ce 29 mai. Il est rare d’exprimer avec autant de limpidité, de justesse d’analyse, et de force de conviction, l’enjeu qui se dessine derrière les baisses successives des budgets alloués au politique culturelle. Qu’il est agréable d’entendre rappeler qu’il y a plus de spectateurs dans les salles que de supporters de football ! Qu’il est essentiel de mettre en perspective les événements de janvier et les politiques culturelles et éducatives ! Qu’il est fondamental de défendre la liberté d’expression … Bref, Merci à François Morel pour cette contribution très utile au débat public.

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Monsieur le Maire d’Aulnay-sous-Bois, je vous lis une lettre que vous écouterez peut-être si vous avez le temps, si vous avez envie, si vous n’avez pas mieux à faire, si votre assistant pense à vous signaler que l’on a parlé de vous à la radio.

Je dis monsieur le maire d’Aulnay-sous-Bois, je pourrais tout aussi bien dire monsieur le maire de Chambéry, ou monsieur le maire de n’importe quelle ville qui a décidé de diminuer drastiquement les subventions destinées à la culture et particulièrement au théâtre. Je précise d’ailleurs à tous les théâtres. N’opposons pas cette fois ci théâtre public et théâtre privé parisien puisque lui aussi bénéficie des subventions quand il part en province.

Je fais du corporatisme ? Peut-être. Tout le monde en fait. Personne ne serait contre l’idée de faire des efforts s’ils sont mesurés, si les élus donnent l’exemple et si on arrête de construire n’importe où des ronds-points, tous plus hideux les uns que les autres. L’équipe de l’Espace André Malraux de Chambéry va être au chômage technique et les spectateurs privés de spectacles jusqu’en novembre, je trouve ça un petit peu radical. Rentre chez toi André Malraux, ils sont devenus fous.

Les théâtres sont des lieux d’écoute, de rencontres, de discussions, d’intelligence, de beauté, d’humour et de joie. Vous ne trouvez pas que ce sont des notions qu’en ce moment, il faudrait mettre un petit peu en valeur ? Après les évènements de janvier, vous ne pensez pas que se réunir autour de paroles fortes, libres, construites a un sens ? Le football a sauvé des enfants mais le théâtre aussi. Je ne veux pas dire du mal des stades mais le niveau de réflexion n’y est pas toujours au plus haut. Je ne veux pas faire preuve de mauvais esprit mais vous avez remarqué que ce n’est pas spécialement dans le domaine de la culture qu’on entend parler de blanchiment, de comptes cachés, de millions de dollars, de pots de vin ? Les messages qui s’expriment dans les théâtres vis à vis des jeunes, des citoyens ne devraient-ils pas être un peu valorisés ?

De plus, monsieur le maire de Boulogne-Billancourt, vous savez certainement, je dis ça au cas où voudriez vous faire réélire, qu’il y a en France plus de spectateurs qui se déplacent pour aller au théâtre que de supporters dans les stades de foot. Ça devrait vous faire réfléchir. Le rôle des maires ne devrait pas se réduire à inciter les citoyens à rester chez eux derrière leurs écrans, si ?

Fermer un théâtre, monsieur le maire de Boulogne-Billancourt, c’est une décision particulièrement grave, violente. Vous ne trouvez pas que la manifestation du 11 janvier (à laquelle peut-être vous avez participé) a un sens si cela voulait dire qu’on avait envie partout de défendre la liberté d’expression ?

Monsieur le Maire de Boulogne-Billancourt, avant de décider de la fermeture définitive du Théâtre de l’Ouest Parisien, permettez-moi de vous citer cette anecdote qui célèbre la politique quand elle est menée par des grandes consciences. Quand on proposa à Winston Churchill de couper dans le budget culture pour aider l’effort de guerre, il répondit « Mais alors, pourquoi nous battons nous ? »

Monsieur le Maire, d’ici, d’ailleurs, hélas de partout, avant de supprimer un théâtre, de ratatiner le budget alloué au théâtre, à la médiathèque, prenez le temps un instant de réfléchir et de répondre à la question suivante « Pourquoi vous battez vous ? »

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