« Pour une politique culturelle du spectateur ». (5/11 )

Penser le confort du spectateur : dans les musées – la médiation.

Le musée est fatigant. Le succès des grandes expositions générant de longues files d’attente reste une difficulté, la rançon de la gloire, diront les optimistes , la contrepartie de la pression financière, diront les pessimistes ! Les musées se sont tous attaqués à ce problème, sans parvenir véritablement à le résoudre : réservation, vente en ligne, élargissement des horaires, nocturnes. Il demeure une difficulté qui n’a jamais été réglée, celle des personnes âgées, de fait exclues, car la file d’attente n’est simplement pas compatible avec leur état de santé. Il y a, à partir de l’expérience des musées, à imaginer des propositions pour aborder cette question, et ne pas la laisser à la seule solution locale.

 

Une fois entré à l’intérieur, le musée est encore fatigant. Quand la cité nationale de l’histoire de l’immigration propose le prêt de siège pliant transportable par le visiteur, elle invente quelque chose d’utile. Pourquoi donc les musées ont-ils tant de mal à prévoir les espaces suffisants pour s’asseoir en tout lieu d’une exposition ? Pourquoi les œuvres vidéo ne sont souvent visibles qu’à condition de s’asseoir par terre, ce qui exclut de fait beaucoup de public et empêche la véritable rencontre avec les visiteurs ? Des fauteuils, des canapés, des sièges, des appuis muraux, il faut créer ce confort de la visite pour permettre à celle-ci de durer davantage, pour que l’épuisement se transforme en plaisir. Le magnifique musée Matisse du Cateau-Cambresis, que j’ai visité il y a quelques années, avait même prévu des lits pour permettre un vrai repos ; la Fondation Guggenheim de Bilbao, le temps d’une exposition temporaire, a créé un espace d’écoute musicale qui crée un confort formidable pour le visiteur. Le musée, parce qu’il est ouvert en journée, constitue un équipement culturel très adapté aux personnes âgées et très âgées, encore faudrait-il les accueillir en leur offrant ce confort qui ne décourage pas la visite.

 

Le musée est un endroit rempli de codes difficiles à lire, qu’il s’agisse des musées des beaux arts, des musées d’art contemporain, des centres d’art : or, une médiation faite astucieusement donne des clés de compréhension et de plaisir du visiteur qu’il convient de généraliser. Le métier de gardien de musée ne peut plus être seulement de l’emploi sans qualification. Il doit au contraire devenir un espace d’extrême compétence au service du visiteur.  A l’occasion de Lille 3000, j’avais été sidéré par l’initiative mise en place au tri postal où les agents de surveillance étaient des étudiants des beaux arts à l’affût du regard des visiteurs, prêt à leur susurrer des explications sans avoir l’air d’en donner. Les jeunes étudiants également mis à disposition de la FIAC Hors Les Murs, pour répondre aux questions des promeneurs et même pour aller au devant d’eux, constituent une approche résolument nouvelle qu’il convient de généraliser. Cette façon d’intégrer des jeunes en formation d’art semble une voie intéressante, qui ne doit pas exclure les agents en poste, mais au contraire essayer d’engager avec eux des formations qualifiantes.

 

Les musées se sont souvent réfugiés dans les audio guides en oubliant peut-être un peu rapidement que le rapport humain reste la meilleure source de médiation. Ces outils devraient être complémentaires ; la possibilité de télécharger sur son Smartphone des éléments préalables et postérieurs à la visite sont intéressants et à développer, au-delà même des audio guides, mais le jeune étudiant qui établit le contact avec le visiteur, change le rapport au musée et à l’institution muséale, contribue à casser le rapport symbolique complexe que beaucoup de gens entretiennent avec l’art.

 

L’accueil dans les théâtres : Le placement aléatoire, les bonnes places pour tout le monde.

 

Quel est donc le sens de cette mode actuelle qui vise à supprimer de plus en plus souvent les places numérotées au profit du placement libre ? Le théâtre public peut proposer l’exact contraire de ce que fait le théâtre privé. Le prix de la place ne détermine pas l’emplacement dans la salle. Mais au contraire du placement libre, qui constitue une fausse bonne idée en créant de l’inconfort, des files d’attente, et du mécontentement, le placement aléatoire dans la salle par des billetteries innovantes, crée une vraie égalité dans l’accès aux meilleures places. Le financement public pourrait encourager l’emploi de ces outils billetiques performants.

 

Cela peut sembler un détail, mais beaucoup de spectateurs trouveront dans cette façon de faire un vrai sens de justice. La condition de l’acceptabilité est évidemment de ne pas commercialiser des places sans visibilité ni confort minimum, ce que les salles publiques ne font pas pour l’essentiel, me semble-t-il. La participation des professionnels à ce projet permettrait assurément de populariser une démarche et de la faire comprendre de tous.

 

 

 

D’une façon générale, les conditions d’accueil du spectateur doivent favoriser le confort. On en est souvent loin quand les portes des salles s’ouvrent à la dernière minute, quand ici ou là on fait attendre le spectateur dans le froid, sous la pluie, ou quand encore les conditions de réservation d’un billet relève de l’impossible (ex l’opéra ou le festival d’Avignon). C’est un ensemble de choses qui doit permettre de faire passer le message de la facilité, de la bienveillance. C’est un état d’esprit qui n’est pas partagé par tous les directeurs de lieux ! C’est un enjeu de convaincre que l’accueil dans un espace de diffusion artistique est un préalable à la diversification des publics.

 

 

 


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