« Pour une politique culturelle du spectateur ». (4/11 )

Une politique culturelle en faveur des spectateurs.

Une fois réaffirmé la priorité accordée à la création artistique, et une fois les moyens remobilisés car dans un premier temps redéployés, une fois les professionnels rassurés par un discours politique puissant et convaincant – ce qui manque encore à tous les échelons de responsabilité – il faut déplacer le regard et repenser la question du public. Beaucoup de choses peuvent être inventées et contribuer à un changement du rapport à l’art, à l’œuvre, et le ministre de la culture qui s’y attaquera fera peut-être œuvre utile pour la postérité. Je cite, article après article, les réflexions des sociologues dont on ne s’inspirera jamais assez. Jean-Louis Fabiani, dans son ouvrage intitulé « L’éducation populaire et le théâtre », pose justement un diagnostic que les responsables politiques et administratifs doivent impérativement intégrer : « La double réorganisation des politiques culturelles qui est intervenue en France au début des années soixante et au cours des années quatre vingt, sous la responsabilité des ministres André Malraux et Jack Lang, a contribué à délégitimer l’univers de l’animation culturelle, au double profit d’une forme esthétique commotionnelle (la rencontre avec le chef-d’œuvre suffit à provoquer l’émotion artistique) et d’une sacralisation accrue de la sphère de la création : le ministère s’incarne dans la figure singulière du ministre, recomposant autour de son individu des formes de reconnaissance et d’allégeance empruntées à la société de cour, dans l’hommage permanent à un monarque républicain. Malgré l’implication personnelle de plusieurs directeurs d’administration centrale, le spectateur ordinaire est devenu de plus en plus périphérique dans les préoccupations des politiques publiques ».

 

La politique du spectateur que j’appelle de mes vœux est à l’antipode des seules politiques tarifaires, largement en place, particulièrement peu chères en France (à l’exception de l’opéra et de quelques festivals…), et dont on sait, année après année, étude après étude, qu’elles ne sont jamais d’abord le premier motif d’empêchement à l’accès aux établissements culturels. Les tarifs réduits multiples, les politiques à destination des jeunes et des vieux, existent, et la diversification des publics dans les lieux de diffusion et de création passera par d’autres ressorts. Olivier Py, le nouveau directeur du festival d’Avignon, a raison de pointer la faible diversité sociale du public du festival, il a raison de relever que les jeunes y sont peu présents, il a raison de se poser ces questions du public quand le festival fait jauge comble presque partout, mais il se trompe partiellement en n’envisageant la réponse d’abord sous l’angle tarifaire. L’allongement de la durée d’exploitation est une proposition intelligente et originale pour un festival. Que le directeur du Festival affiche sa préoccupation des conditions d’accueil du public au festival d’Avignon est un événement majeur. Il est le premier à dire fortement ce que je pense depuis longtemps ! Les conditions d’accueil sont à repenser, il faut expérimenter de nouvelles choses, il faut simplifier la vie du spectateur, il faut lui donner envie par des tas de solutions pratiques et quotidiennes. Il faut changer le rapport aux œuvres et aux artistes. Un grand chantier en ce sens pourrait être lancé afin de faire du « benchmark » national, car, au fur et à mesure de mes déplacements en France et à l’étranger, je découvre des initiatives qui existent et qui opèrent des changements qualificatifs importants. N’inventons pas le fil à couper le beurre… mais faisons savoir qu’il existe !

 

Je vais ici développer et essayer de démontrer les enjeux de politique publique qui se posent concrètement dans le traitement de cette question. Je suis d’ailleurs bien aise d’observer que ces sujets ne mobilisent que fort peu de crédits publics aujourd’hui, et que souvent, des fondations privées investissent tel ou tel aspect. C’est pourtant un enjeu global, et c’est véritablement une mission de service public qui peut remobiliser nombre de publics éloignés des pratiques culturelles.

 

 

 

 

 


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