« Pour une politique culturelle du spectateur ».(3/11 )

 

Je vous propose une longue série d’articles consacrée au spectateur, cet oublié des politiques publiques de la culture. J’enverrai à qui le demandera, l’ensemble de ces articles en format PDF, par mail. Bonne lecture et merci de vos commentaires.

 

 

L’aménagement culturel français : un acquis.

 

La ministre de la culture devrait reconnaître publiquement que l’aménagement culturel français est achevé. Les équipements culturels publics dans notre pays sont en nombre suffisants, ils sont globalement bien répartis sur le territoire et ils incarnent une politique exigeante et de grande qualité pour l’essentiel d’entre eux. Il est ainsi temps d’expliquer aux élus locaux, toujours désireux d’inaugurer leur musée, leur théâtre, leur bibliothèque….avec l’argument imparable de la nécessaire proximité, que le public ne se déplace pas davantage sous prétexte de proximité, ce que toutes les études sur les publics ont largement démontré. Les politiques de l’avenir seront des politiques de la mobilité et non pas des politiques nouvelles d’équipements. Il est en revanche nécessaire de mobiliser des moyens pour entretenir, rénover et moderniser les théâtres, les musées, les bibliothèques, les conservatoires, pour leur permettre de continuer de se développer, de s’adapter. Il est tout de même inquiétant d’observer une certaine facilité à faire valider des projets nouveaux de lieux – dont les coûts sont particulièrement élevés – quand un tour de table n’arrive pas à être bouclé pour rénover telle scène nationale, tel centre dramatique national, tel centre chorégraphique, tel centre d’art…. Cela fait peut-être moins rêver, mais il est objectivement admissible de considérer que l’aménagement culturel français, grâce à trente ans de décentralisation culturelle et d’investissements puissants des collectivités territoriales, est riche, dense, équilibré, et sans manque identifié. Les centaines de millions d’euros consacrés la Philharmonie à Paris paraissent un rien démesuré, et s’il ne fait pas de doute que cet équipement grandiose et prestigieux trouvera sa place en France et saura rassembler un large public, était-ce le premier des besoins à Paris ? , Sait-on comment le fonctionnement de ce projet sera assuré sans mettre en cause des pans moins prestigieux mais également nécessaires d’actions culturelles ? Fallait-il tant doter de moyens le MUCEM quand le musée de l’Histoire de l’immigration, toujours pas inauguré, peine à dégager les moyens à son ambition pourtant fondamentale ? Des exemples sont hélas nombreux. Il est temps d’en prendre conscience en 2013. De le dire. Et d’agir en ce sens. C’est un cap que les Français comprendront.

 

Savoir redéployer.

 

Sans doute faudra-t-il avoir l’honnêteté d’arrêter de financer quelques vieilles actions historiques portées par quelques artistes un peu datés, pour redéployer ces moyens qui manquent tant auprès des théâtres labellisés, des compagnies, des festivals. Cela ne fait pas un programme politique facilement vendable, mais cela demeure une exigence éthique : l’intérêt général exige de savoir arrêter des projets du passé, ceux qui ne rayonnent plus, ne diffusent plus que dans des cercles restreints ; ils sont largement identifiés par toutes les tutelles, mais la notoriété du récipiendaire et la menace politique qu’il fait peser, bloque le courage des responsables politiques quand l’ensemble des techniciens exprime un avis unanime. Quand l’argent public se fait rare, avant de parler d’augmentation budgétaire, il suffit d’avoir ce courage politique de redéploiement facile à faire, seulement difficile à décider. Dans chaque ville, dans chaque département, dans chaque région, c’est parfois près de 10 % des crédits disponibles en fonctionnement qui sont ainsi consommés sans objectif, par seule inertie politique. Ces crédits redéployés immédiatement créeraient l’appel d’air qui manque tant depuis des années. Un tour de table des partenaires publics à l’échelle départementale permettrait de faire des propositions rapides à partir de critères facilement objectivables, dans le cadre d’une concertation étroite pour éviter les exploitations politiques qui font si peur. Agir en ce sens est aujourd’hui une exigence éthique. Et une impérieuse nécessité.

 

Que peut-on inventer de nouveau qui soit utile ?

 

Comment faire vivre une nouvelle politique culturelle ? Comment faire comprendre aux français que la politique culturelle est une politique ambitieuse et qu’elle a vocation à s’adresser à tout le monde sans se prétendre par ailleurs universelle, ce qui entretient un mensonge et une illusion ? Les ministres de la culture successifs vivent tous sous le « trauma Langien » qui a su inventer, quand il était Ministre, des événements dans le calendrier culturel qui demeurent encore aujourd’hui. Certains se sont essayés à inventer d’autres rendez-vous, sans le même succès. Et quand ce traumatisme de la fonction ministérielle est qui plus est hantée du fantôme de l’ancien ministre qui est toujours partout, l’on sent que l’exercice de la fonction, qui plus est en période de vache maigre, implique de faire marcher l’usine à idées, tout en changeant le modèle !

 

Un ministre en 2013 doit-il faire parler de lui par l’adoption d’une loi qui porte son nom ? Les organisations syndicales ne cessent de revendiquer une loi de « programmation » depuis des années, et surtout depuis les entretiens de Valois, sans savoir ce qu’elle programmerait au juste. Peut-on rappeler que la loi est définie par la constitution et qu’elle n’a pas vocation à adopter des textes d’intention dont le caractère législatif n’est pas opérationnel ? Le temps parlementaire étant lui aussi précieux, je crains que l’approche législative ne soit pas de nature à incarner une politique résolument   nouvelle !

 

J’ai la conviction qu’Il faut sortir de la logique de la revendication professionnelle pour penser la question du public, qui reste le seul véritable objectif des politiques culturelles : « rendre accessible les œuvres ».

 

 


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