« Pour une politique culturelle du spectateur ». (2/11 )

Je vous propose une longue série d’articles consacrée au spectateur, cet oublié des politiques publiques de la culture. J’enverrai à qui le demandera, l’ensemble de ces articles en format PDF, par mail. Bonne lecture et merci de vos commentaires.

 

 

Quelle politique culturelle pour la gauche avant 2017 ?

 

La création artistique reste le « pétrole » d’une politique culturelle. Le pétrole, c’est cher, mais cela fait avancer la machine. Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que dix années – ou à peu près – de stabilité budgétaire correspondent à une baisse en valeur significative. Un effort budgétaire devra être fait dès que les fruits de la contrainte le permettront ; il ne serait pas illégitime d’anticiper un peu et de montrer que la culture, au même titre que la justice et l’éducation, fait partie des priorités politiques de la gauche car elle contribue à un fondamental d’éducation et d’élévation individuelle et collective. Elle est aussi un moteur de la confiance retrouvée. Elle peut être un moteur de croissance.

 

Mais une politique culturelle ne se juge pas aux seuls moyens financiers déployés en faveur du spectacle vivant. En vrac, le sac à idées existe : il n’y a qu’à piocher :

 

Créer un label de scènes de l’Europe devrait être simple à mettre en œuvre, à partir de quelques scènes nationales déjà bien engagées en faveur de la création et diffusion d’œuvres artistiques européennes et internationales. Il faut faire l’Europe culturelle et cela peut passer par une telle initiative. Les prochaines élections européennes ne pourraient-elles favoriser une telle initiative et contribuer ainsi à faire une Europe où les échanges culturels sont encouragés, où la circulation des œuvres et des artistes est organisée et soutenue ?

 

Être plus offensif dans la diffusion internationale des grandes productions créées en France devrait également être une action de notre politique culturelle. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que l’action culturelle de la France à l’étranger intègre enfin le ministère de la culture, et sorte du réseau des ambassades ou de l’Institut Français ? Que ne nommons-nous quelques directeurs de nos grandes scènes nationales en charge de cette ambition, eux qui ont les réseaux artistiques et les contacts professionnels pour permettre aux grandes créations nationales de tourner dans le monde, et aux grandes productions étrangères de trouver un réseau de diffusion large susceptible d’en réduire le coût ? Il s’agit d’une mission nécessaire qui contribuerait à renforcer le rayonnement national, à favoriser le développement économique, à encourager les financements croisés en faveur des productions internationales. Le soutien à l’exportation de notre cinéma pourrait inspirer un modèle pour le spectacle vivant.

 

L‘attention portée au régime des intermittents du spectacle reste un enjeu majeur et très actuel . A cet égard, le Gouvernement, qui n’est pas dans le tour de table des négociations – il faut le rappeler – s’est exprimé de façon claire et volontariste sur le sujet : sauvegarder un modèle et lutter contre les abus. La vitalité de notre création nécessite de soutenir un régime original, tout en étant sans pitié pour la fraude et le travail au noir qui est le premier ennemi de la création. Le projet de loi en cours de préparation envisage l’élargissement du GUSO aux petites entreprises du spectacle, mesure urgente et nécessaire : le « choc de simplification » voulue par le Président de la République, à juste titre, et dont on ne voit pas encore le début du commencement concret, doit pénétrer le champ artistique, c’est la plus sûre façon de lutter contre le travail au noir qui reste une des plaies du secteur.

 

La politique des nominations dans les grandes institutions fait des progrès, lentement, mais sûrement. La parité des listes courtes voulue par la Ministre est une bonne disposition. Les nouvelles nominations augurent de belles choses, et ce n’est pas le moindre des mérites de renouveler en profondeur les équipes des CDN. Ce changement se mesurera dans quelques années et on devra se souvenir de cette volonté politique qui aura rendu possible ce changement.

 

Ces idées, en vrac, montrent que les politiques culturelles qui organisent l’offre culturelle et soutiennent la création et la diffusion artistiques sont en place, et que les ajustements à construire sont budgétaires (redéploiements), professionnels (intermittents) et internationaux (développer les formes de coproductions d’accueils de spectacles venus d’ailleurs) pour conserver une singularité que le monde entier nous envie. Quelques réformes administratives, qui n’ont pas d’intérêt public majeur, devront être simultanément mises en œuvre : il est temps d’achever la décentralisation par une déconcentration définitive du ministère de la culture : les DRAC sont à la bonne échelle territoriale, il convient de leur déléguer la responsabilité pleine et entière, et il est enfin temps, en 2014, que Paris ne s’occupe plus du suivi et du subventionnement des artistes ! Le discours politique mobilisateur reste nécessaire et les actes doivent être conformes à ce discours. Tenir parole devient maintenant une exigence éthique face à un secteur affaibli et blessé par 10 ans de droite, et toujours convalescent depuis mai 2012. Très convalescent.

 

On le voit donc, les politiques culturelles reposent sur de solides acquis. Il est donc temps de se tourner vers d’autres horizons, tout en solidifiant ses acquis. Et de penser ainsi aux spectateurs….

 

 

 


TÉLÉCHARGEZ L’ARTICLE EN INTÉGRALITÉ

pdf

 

 

 

 

 

 

 


 
 

 

 

 

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>