« Pour une politique culturelle du spectateur ». (11/11 )

Quelle coopération entre les collectivités et l’État ?

Refonder une politique des publics implique, comme pour toute politique culturelle, de définir les voies et moyens de coopérer entre l’État et les collectivités, d’une part, et entre les collectivités, d’autre part.

 

Les collectivités financent l’essentiel de la politique publique de la culture. L’État doit savoir rester modeste et retrouver son rôle ; il est utile quand il définit un cap ; il est à sa place quand il construit une politique nationale qui cherche à reconquérir les publics ; il n’est pas à sa place quand il donne des leçons et surtout quand il dépense l’argent qui ne lui appartient pas. C’est d’un Etat stratège en matière de politique culturelle dont on a besoin.

 

Fort de ce constat, et malgré un contexte institutionnel encore mouvant, le dialogue entre l’État et les collectivités peut se refonder sur de bonnes bases. La toute récente loi de finances pour 2014 a enfin créé les quelques outils de solidarité sortant les départements de la faillite programmée. Le moment est venu de signer les nouvelles stratégies communes de territoires en faveur de la culture.

 

 

*

 

**

 

 

Pour conclure, un exemple doit nous convaincre de l’intérêt de s’intéresser à la façon d’accueillir le public : Les grands groupes qui ont investi massivement, et investissent encore, dans les salles de cinéma et dans les multiplexes en particulier, ont précisément pensé tous les aspects relatifs au publics : le confort avant, par les réservations en ligne et la lutte contre les files d’attente, les tarifs, avec les cartes d’abonnement et les propositions multiples, le confort dans la salle, sans oublier les modalités d’arrivée et de départ du cinéma lui-même (notamment le parking). Ces salles ont toutes mis en place des outils très organisés pour l’accueil des publics handicapés, et s’ils ont d’abord visé un public jeune, ils ont également réussi à s’adresser aux seniors. Bref, dans le domaine du cinéma, la politique d’accueil du public a incontestablement contribué au dynamisme du secteur. Le caractère industriel du cinéma, la puissance des block busters américains, le star système autour des acteurs, expliquent aussi le dynamisme du secteur, mais on aurait tort d’éluder l’enjeu du public. Il a été au cœur d’une stratégie commerciale. Si les salles de spectacles publiques sont souvent bien remplies, elles sont trop homogènes socialement pour que l’on s’en contente.

 

Aborder la question d’une politique culturelle par l’approche du rapport au public permet de tracer de nouveaux axes qui n’ont jamais véritablement été développés et qui, s’ils étaient conduits de façon simultanée, devraient permettre de s’adresser aux Français par un message aussi simple que le slogan historique d’une campagne publicitaire bien connue : la culture, c’est facile (d’accès), c’est pas cher (les tarifs) et ça peut rapporter gros (rendre intelligent).

 

Cela n’a de sens que si le postulat artistique est réaffirmé avec force : la France doit savoir dire à ses artistes qu’elle les aime et qu’elle fait tout son possible pour dégager des moyens, des outils, et favoriser la rencontre avec les publics. Cela passe par un engagement politique des plus hautes instances du pays, du président de la République, au premier Ministre, en n’oubliant pas l’engagement central de la ministre de la culture.

 

Reste qu’un problème récurrent est posé, qu’il est complexe à résoudre car il est fondé sur l’essence même de la démocratie et des élus que l’on élit. Le niveau culturel des élus en France est faible. L’intérêt pour la création artistique est souvent jugé à l’aune de la « distraction » que les élus pensent y trouver ou de la « beauté » des choses qu’ils apprécient ou non, et confondent ainsi le geste artistique à celui du décorateur. C’est un des problèmes les plus graves auquel nous sommes confrontés, et, s’il n’est pas facile de l’évoquer – car qui peut se permettre de juger des élus et de les traiter très globalement d’imbéciles ou d’incultes ? – force est de constater que leur présence dans le secteur culturel est pour l’essentiel anecdotique, essentiellement démagogique, et rarement esthétique. Les quelques belles exceptions qui confirment la règle redonnent confiance. C’est probablement pour cette raison que les acteurs culturels observent le chef de l’État à la loupe et attendent de lui le signal de la passion qui devrait se matérialiser dans une relation étroite à son ministre de la culture, pour que les autres élus s’imprègnent de la « culture du chef » et qu’à défaut d’être absolument partagée, la chose culturelle redevienne un marqueur respectable et une valeur de gauche assumée.

 

L’on verra alors que l’enjeu budgétaire pourra être édulcoré. En ayant redéployé près de 10 % de crédits supplémentaires en deux ou trois ans, et en terminant le quinquennat par une vraie hausse de moyen au final, grâce à une confiance retrouvée que la politique culturelle aura su alimenter, en cinq ans le bilan culturel du quinquennat aura de l’allure.


TÉLÉCHARGEZ L’ARTICLE EN INTÉGRALITÉ

pdf

 

 

 

 

 

 

 


 

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>