« Pour une politique culturelle du spectateur ».(1/11)

 

Je vous propose une longue série d’articles consacrée au spectateur, cet oublié des politiques publiques de la culture. J’enverrai à qui le demandera, l’ensemble de ces articles en format PDF, par mail. Bonne lecture et merci de vos commentaires.

 

Le sens d’une politique culturelle

La politique culturelle en France s’est historiquement construite autour d’un « couple politique » majeur, le Président de la République et son ministre de la culture : De Gaulle – Malraux  ont fondé cette relation singulière. Pompidou, qui fût assurément un grand Président culturel, le fût moins par le couple qu’il aurait pu constituer avec ses ministres que par celui  qu’il a formé avec sa femme, particulièrement influente sur le sujet. Le « couple » Mitterrand-Lang  a insufflé un renouveau profond et une dynamique inédite de la politique culturelle en Francropped-avignon-2013.jpgce,  en laissant une trace historique reconnue. A contrario, Giscard n’a laissé aucun souvenir alors même qu’il a su incarner des réformes de société fondatrices sur lesquelles nous vivons encore : la majorité à 18 ans et  la loi sur l’IVG particulièrement. Chirac et ses ministres  de la culture successifs  n’ont pas davantage marqué les mémoires,  le projet du Musée des Arts Premiers sauvant la mise, laissant une trace utile et pertinente à côté du vide de la grande décennie  passée à l’Élysée.  Enfin, et  à l’inverse, Sarkozy a généré une tension très vive avec le milieu culturel, en adressant  une lettre de mission originelle  à sa première ministre de la culture en forme de brûlot contre les politiques culturelles historiques et contre les acteurs culturels accusés rapidement d’échec global. Son inculture revendiquée, son absence quasi totale de participation aux grandes manifestations culturelles durant son mandat, a signé le mépris d’un homme envers un secteur qu’il ne connaissait pas. La nomination de rattrapage  de Frédéric Mitterrand, a priori habile,  a, elle aussi, terriblement déçu.

En bref, sur la période des 60 dernières années, trois grandes décennies auront permis de construire la singularité culturelle française profondément liée à l’attachement  des présidents de la République française qui se sont succédé à l’Élysée.   S’agit-il d’une « loi  implicite » ? La gauche, qui n’a connu qu’un Président de la République issu de ses rangs avant l’élection de François Hollande, est-elle également marquée par cette histoire alors même que la politique culturelle pourrait être une expression de son ADN ? Est-ce normal, est-ce sain que la politique culturelle dépende ainsi du niveau d’appréciation  personnelle d’un président de la République ? S’il y a toujours lieu à se féliciter d’avoir des hommes de culture en charge des plus hautes responsabilités, la politique culturelle doit-elle  pour autant en dépendre ?

Grave interrogation qui pèse aujourd’hui sur les épaules de François Hollande et qui est implicitement sous-jacente dans certaines critiques formulées à l’encontre de sa ministre, Aurélie Filipetti.

Après les tentatives de démolition sarkozyste, qu’en sera-t-il de la présidence Hollande dans le domaine culturel ? Le couple Hollande Filipetti ne semble ni un couple, ni un duo ;  qu’en sera-t-il de la politique culturelle à la fin du mandat de François Hollande ? Pourquoi la Gauche ne semble pas appréhender  les enjeux culturels avec la singularité et l’engagement que les professionnels du secteur attendent d’elle, car tous – ou presque – se revendiquent de la gauche, dans ses composantes multiples ? Pourquoi, dans un contexte de crise des finances publiques, de la dette, de la croissance économique en berne, la gauche française ne semble-t-elle pas capable d’inventer une nouvelle ambition culturelle, en évitant le populisme – hélas courant –   qui consiste à opposer la demande sociale à la politique culturelle, comme si la pauvreté de notre pays et la précarisation des plus faibles étaient corrélées au niveau budgétaire de la politique culturelle française ? Le caractère indigne de ce type d’assertion, particulièrement fréquente  dans les propos d’hommes de gauche en charge de grandes collectivités locales et territoriales, en dit long sur le degré de compréhension des enjeux de politique culturelle… Il est temps aujourd’hui, à près de deux ans de présidence Hollande, de poser ces questions et de ne pas attendre qu’il ne soit trop tard pour agir utilement.

Les choses n’ont pas forcément bien commencé : le changement de langage est sensible entre les propos de campagne du candidat Hollande et les décisions prises depuis son élection : moratoire annoncé du budget en avril 2012, baisse visible de 3,5 % en juillet de la même année. La première preuve d’amour n’est pas au rendez vous, même si la seule lorgnette budgétaire peut être un brin réductrice. Reconnaissons d’ailleurs à la ministre une habileté réelle dans la justification de cette baisse  par l’arrêt des quelques projets largement inachevés par la droite et dont la légitimité était pour le moins entachée (le musée de l’histoire de France étant de ce point de vue le symbole le plus parlant).

Un an et demi plus tard, le sens donné à la politique culturelle semble un peu manquer. La question n’est d’ailleurs pas simple, car les politiques culturelles en France se construisent d’abord à l’échelle des territoires, des collectivités, et le rôle prescripteur de l’État a singulièrement été atténué après 30 ans de décentralisation. Pourtant, vieille  tradition jacobine, la France attend de l’État une impulsion, un cap, un sens en faveur de sa politique culturelle. C’est la condition de l’adhésion au projet, c’est le sens attendu pour remobiliser villes et départements en faveur d’une politique culturelle dynamique, audacieuse, ambitieuse. Nul ne peut nier que le signal de la baisse budgétaire  a produit une forme de légitimité à la baisse à l’échelle locale, comme si un tabou était rompu par l’État et qu’il était, de fait, applicable par les villes et  les départements, sans culpabilité.

 

 

 


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