Pour la pénalisation du client de prostitués.

La gauche en deux ans, aura fait beaucoup plus pour les libertés publiques qu’en dix ans de droite, et même qu’en 5 années de gauche dans la période où Lionel Jospin fût le premier ministre. Car, la loi sur le mariage pour les couples homosexuels, + la réforme pénale, + la loi sur la pénalisation des clients de prostitués, = de grandes avancées, de vrais débats de société, et un parlement réhabilité dans sa parole et dans sa fonction législative sur des sujets de société d’intérêt majeur. Cela fait beaucoup. Pour ceux qui comme moi votent à gauche d’abord pour ces questions de liberté publique, pas de déception possible !

Chacun de ces débats est l’occasion d’expressions multiples qui concourent au débat d’idées. Sur des sujets comme ceux-là, nul doute que cette contradiction démocratique est bénéfique dans l’élévation même du point de vue de chacun. Pourtant, sur la question prostitutionnelle, il y a une certaine posture de gauche qui m’exaspère profondément, et à laquelle il convient de tordre le cou radicalement :

La proposition de loi ne porte atteinte à aucune liberté et ne prétend fonder aucune morale républicaine : il ne s’agit ni de s’immiscer dans le lit conjugal, ni de juger les histoires de fesses librement consenties entre adultes volontaires, mais de définir une valeur commune qui dit que le rapport sexuel contre argent est contraire au libre arbitre. L’argument du 1% de personnes qui exerceraient cette activité de façon libre et volontaire méprise la violence subie par les 99 % des personnes restantes, hommes et femmes, qui sont au centre de l’intérêt général.

Deux données pourtant bien connues des professionnels méritent d’être rappelées à ces penseurs qui prétendent que la liberté est mise en cause par un texte qui s’attaque à la chaîne économique : La demande entretient l’exploitation humaine, c’est-à-dire l’esclavage contemporain.

  • Sait-on que plus de la majorité des femmes prostituées ont subi des violences sexuelles pendant leur enfance ou leur adolescence ? Cette proportion tout à fait considérable n’est-elle pas troublante et ne pose-t-elle pas la question de la liberté de celles-ci d’une manière très suspecte ?

  • Sait-on qu’une part importante des hommes qui se prostituent pour d’autres hommes sont hétérosexuels ? Peut-on imaginer ce que cela signifie comme perte de tout sentiment de dignité ?

Que penser alors du libre arbitre devant ces faits connus qui racontent, juste à les évoquer, la perte totale de l’estime de soi  de celles et ceux qui pratiquent la prostitution, de la violence subie au quotidien, qu’elle soit symbolique ou physique ?

Sait-on que les femmes prostituées, pour supporter ce qu’elles subissent, se droguent, s’alcoolisent, et qu’en plus des atteintes physiques qu’elles subissent du fait des assauts de leurs clients, se mettent en danger réel quant à leur vie ? Sait-on que les hommes prostitués consomment du viagra quotidiennement et que les conséquences de cette prise médicamenteuse, associée aux autres substances éventuellement consommées, mettent également en danger leur vie ? Sait-on – et pourquoi n’interroge-t-on pas les services spécialisés sur ce point – que les femmes prostituées issues des réseaux de prostitution avortent dans des conditions épouvantables sans aucun soutien autre que celui des institutions et des associations spécialisées ?

Qui, à partir de ces données, peut censément, parler de liberté ? Qui peut prétendre que l’activité prostitutionnelle, même occasionnelle, même prétendument volontaire, est une liberté qu’il convient de défendre et de sacraliser. Définir la valeur commune est la fonction majeure de la loi. La liberté de la pute, c’est la liberté du pauvre face au riche, de l’argent qui asservit. C’est la liberté du dominant sur le dominé.

J’ai été intéressé de lire par ailleurs, dans une des nombreuses tribunes publiées dans la presse, que la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traître des êtres humains demandaient aux États « de décourager la demande », exact objectif poursuivi par le texte adopté hier en première lecture à l’Assemblée nationale.

Quand je vois qu’un grand quotidien du soir publie la tribune d’un homme qui explique qu’il fait œuvre sociale en consommant de la pute, je me demande ce que la rédaction a dans les yeux ? Je m’interroge sur la valeur commune : faire œuvre sociale serait ainsi payer 150 € pour une sodomie?

En s’attaquant à ce débat, trans-partisan par excellence, le parlement fait œuvre utile. Il pose les termes d’un débat historique où  les hommes sont d’abord sur la sellette : car nul ne l’ignore, la prostitution est très dominée par une clientèle d’hommes hétérosexuels en recherche de femmes. En s’attaquant aux clients, le texte de loi en discussion fait œuvre de responsabilité : il reconnaît que la prostitution est un marché, et que pour l’endiguer, il faut s’attaquer à la demande. Très simplement. Très utilement. Très logiquement.

Loin de vouloir juger moralement les hommes et les femmes qui veulent avoir accès à une femme ou à un homme pour assouvir un besoin sexuel, il est temps de reconnaître que le modèle homosexuel des backrooms remplit une fonction sociale de fait exercé par les putes pour les hétéros, et nettement plus digne du respect de chacun. Dans ces endroits, le libre arbitre reste plein et entier. Nulle prostitution, juste la rencontre libre et consentie entre des adultes partageant des désirs similaires et qui se retrouvent en des espaces prévus à cet effet. Que ne comprend-on qu’il est temps d’avancer vers une société civilisée où la liberté sexuelle, pleine et entière, peut s’épanouir sans asservir une partie d’hommes et de femmes au pouvoir de l’argent de quelques uns ?

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