PORTRAIT CHINOIS : Si j’étais François Hollande….

…supposition prétentieuse, sans doute, mais exercice de style intéressant…. je me poserais trois questions.

- Comment faire voter les français, quel que soit le scrutin, en masse, comme la démocratie l’exige ?
– Comment rassembler la gauche et ceux qui se sentent proches de ses valeurs ?
– Comment redonner de la puissance à l’action politique, par opposition à l’impuissance dont elle semble faire preuve sur des sujets récurrents depuis plus de 15 ans : chômage de masse, intégration, réussite éducative….

1°) La participation à l’élection est la condition d’une démocratie vivante. Les taux d’abstention record, notamment aux élections locales en France, appellent à réfléchir sur la question pour obtenir des résultats nets, au-delà du constat attristé de chaque soirée électorale, oublié très rapidement par la suite.

On ne peut pas s’étonner de voir plus de 50 % des français ne pas voter, on ne peut pas se satisfaire que plus de 75% des moins de 25 ans ne vote pas, soit qu’ils s’abstiennent, soit qu’ils ne s’inscrivent pas sur les listes électorales, et dans le même temps, avoir un candidat ministre – et ministre de la défense qui plus est ! – cumuler une fonction exécutive et ministérielle quand la règle déontologique a été posée en début de mandat présidentiel, pas de cumul au gouvernement. Ce genre d’arrangement pourrit notre vie politique depuis des années. S’il devait rester ministre, Monsieur Le Drian ne devait pas être candidat. Ayant été candidat, et a fortiori élu, il ne doit plus être ministre. Un point c’est tout. C’est ce qu’on appelle l’éthique.

Cet exemple est la caricature absolue de la pratique politique et de ses arrangements, quand il nous faut au contraire un renouvellement de la classe politique en profondeur, qui passe par le non cumul absolu des mandats et des fonctions, par la féminisation impérative, par la limitation des mandats dans le temps et le rajeunissement nécessaire….

Nous vivons dans un pays où avant 60 ans, aucun candidat n’est considéré mûr à l’exercice de la fonction suprême, avec ses suites en cascade. Quelle caricature d’une société politique bloquée, quand dans l’ensemble des grandes démocraties, les fonctions s’exercent dès 40 ans ! La France est bloquée, il convient de la débloquer !

Car l’abstention est le plus grand allié du Front National. Plus l’abstention est élevée, plus le front national gonfle mécaniquement ses scores. Nous l’avons observé au second tour de la dernière élection régionale, où le gain de participation entre les deux tours et le retrait des candidats socialistes dans certaines régions, a permis un front républicain spectaculairement efficace. Il ne faut pourtant pas se contenter d’un vote fondé sur la peur ou le seul sursaut de second tour.

Quelles solutions ? Des pratiques démocratiques exemplaires ! Un regroupement des élections locales, comme le pratiquent toutes les grandes démocraties… afin de sortir de ces cycles d’élections permanentes qui bloquent la vie politique toujours coincée entre deux élections, et les dérives clientélistes qui les accompagnent toujours. Un grand débat national sur le vote obligatoire doit être organisé, pour réfléchir à notre organisation électorale et chercher une solution à l’abstention chronique, en regardant les systèmes électoraux de nos voisins européens. Cette réflexion sur le calendrier électoral et la réforme du quinquennat est urgente. Elle doit être engagée dès aujourd’hui pour proposer des solutions à mettre en oeuvre au lendemain de l’élection présidentielle.

Au-delà des outils techniques de l’élection, la participation électorale est aussi un révélateur « d’envie », en l’espèce, de non envie ! C’est là que le comportement politique est essentiel. Bravo à Xavier Bertrand, d’avoir démissionné de son mandat de Maire, de son mandat de député, et d’avoir renoncé à la primaire de droite, pour exercer pleinement son mandat. Bravo à Bertrand Delanoë qui a mis en pratique ce qu’il avait annoncé : deux mandats de maire consécutif, et pas un jour de plus. Il nous faut ce type de pratiques exemplaires. D’où qu’elles viennent politiquement, je les salue.

Mais cela ne suffira pas.

La proposition formulée par Claude Bartolone, et reprise par quelques autres responsables politiques, du retour au septennat, mais non renouvelable, façon de casser les logiques clientélistes qui nuisent dramatiquement à la vie politique française, me paraît ngénieuse. La candidature probable d’Alain Juppé la symbolise en raison de l’âge du capitaine, mauvaise raison, mais pourrait contribuer à son mise en oeuvre.

2°) Rassembler la gauche n’est pas une mince affaire, tant elle historiquement éclatée, et tant elle est – comme à droite d’ailleurs – tentée par la facilité polémique permanente avant même de rechercher les convergences. Les accords de second tour ne cachent jamais la réalité des divergences qui demeurent. Cette façon de faire ne trompe personne et entretient ce sentiment – pas totalement infondé – de négociations de places plus que d’accords de fond sur des orientations politiques.

Il n’y aura pas de majorité de gauche dans les années à venir, sans un accord structurel entre socialistes et verts progressistes ; cela veut dire qu’il faut activer ce recollement et engager des discussions de fond pour que les verts qui veulent gouverner, entrent de nouveau dans la majorité. Cette discussion est sérieuse. Elle est possible, car l’écologie politique – c’est le fruit du travail des écologistes – est devenue un axe structurant des politiques publiques portées par les socialistes. Il faut rediscuter de ce qui fait désaccord pour fonder un nouveau pacte. L’aéroport de Nantes, l’éco taxe ou la fermeture de Fessenheim sont des sujets qui méritent débat. Dans le même temps, les écologistes doivent aussi refonder leur socle politique et reconnaître qu’une politique de transformation sociale n’implique pas le rejet à priori de l’économie de marché.

Malheureusement, semaine après semaine, les décisions prises par l’exécutif divisent la gauche et l’éclatent dans tous ses recoins. Les événements des derniers jours me donnent ainsi tort et la capacité à rassembler la gauche semble s’éloigner un peu plus. Le départ de Christiane Taubira du Gouvernement, pour « désaccord politique majeur » sur la déchéance de nationalité, dessine une stratégie d’équilibre vers droite, renforçant de fait la demande d’une primaire à gauche dont on aurait dû pouvoir se passer si le socle des valeurs de l’élection présidentielle de 2012 n’avait pas été anéanti. Et que dire des polémiques entretenues sur la laïcité, sur le droit du travail, qui chaque jour, alimentent les stratégies individuelles des ambitieux du pouvoir ?

3°) Donner de la puissance à l’action publique, au-delà des tactiques de conquête de pouvoir, reste le sujet majeur. Si « l’envie » des citoyens envers la politique a disparu, c’est aussi que l’action politique a perdu de son efficacité. Cela est essentiellement vrai sur les questions économiques, mais vaut aussi pour le terrible renoncement en faveur du « droit de vote des étrangers en France », par exemple.

Quand j’entendais hier que 15 millions de français étaient des mal logés… je me disais qu’il serait difficile d’expliquer à ces citoyens l’importance du vote en 2017. La politique du logement constitue une politique nationale par excellence, qui n’est pas soumise à la réglementation européenne, à la mondialisation, à la dérégulation…. C’est une politique dont les leviers sont économiques, dont le caractère local est absolu, dont la réglementation est nationale, à la croisée des enjeux publics et privés. Pourquoi depuis tant d’années, n’arrivons nous pas à régler ce problème, à construire davantage, à rénover les logements et à offrir des meilleurs conditions de vie, notamment aux plus modestes.

C’est en définitive, l’attention aux petites gens qui semble avoir fondu comme neige au soleil. Cette absence de résolution des problèmes concrets renvoie tout de même au premier point que j’abordais. La représentation politique est trop éloignée des réalités des gens modestes ; cette population n’est plus représentée. La gentrification urbaine a fait croire à la gauche que son électorat avait à ce point changé que les priorités s’inversaient. Tant que des résultats ne seront pas perçus, dans une échelle de temps raisonnable, sur les conditions de vie (logement, emploi, transport) des français les plus modestes, tant que l’espoir en faveur de réussite éducative des enfants ne sera pas rétabli, la confiance politique ne reviendra pas. Le défi est immense, il est curieux qu’il n’ait pas été pris en compte dès le début de la mandature. Et pendant ce temps là, on s’entre tue sur le grec et le latin…. C’est ça la France !

L’efficience de l’action politique repose aussi sur le discours politique : il faut cesser de promettre ce qu’on ne veut ni ne peut faire. Il faut aussi observer les blocages de la société française qui vante les mérites de l’innovation mais qui se heurte aux situations acquises sans vouloir jamais décider : la question des taxis versus VTC est absolument sidérante. Cela vaut pour tous les sujets qui concernent des corporations et qui empêchent la société de se décoincer.

Et la culture dans tout cela ? Dans les papiers que j’écris sur ce blog, il est rare que je parle de politique et non de culture. Nous y voici pourtant. La classe politique française, à des exceptions notoires importantes – est peu cultivée, peu spectatrice des œuvres de l’esprit, peu au fait de littérature et d’art. C’est une première réalité qui frappe tous les professionnels et qui ne favorise pas l’appréhension des enjeux de cette politique.

Je crois également que dans la dramatique crise que nous traversons, et malgré l’urgence des solutions à apporter sur le logement, l’emploi, les transports, l’éducation, la réponse culturelle n’est pas même envisagée alors qu’elle devrait l’être avec insistance. Nous avons besoin « de la mobilisation des forces désarmées », comme le disait joliment Eri de Luca (cité par Bernard Foccroule dans le Monde du 2 janvier 2016).

Dans le contexte de menaces terroristes qui nous environnent maintenant, et qui s’en prend à ce qui fait société pour nous – la liberté, la joie de vivre, l’art et la culture – dans cette crise économique et sociale durable et loin d’être achevée, je ne comprends pas et je n’admettrai jamais que l’on ne mobilise pas l’art et la culture comme rempart à la désespérance.

Quand hier, je vois aux Amandiers « Don Juan » mis en Scène par Gwenaël Morin, quand dans quelques jours je serai au TGP pour voir « Roberto Zucco » de Koltes ou revoir « Tempête sous un crâne » d’après Victor Hugo, mis en scène par Jean Bellorini… dans ces magnifiques théâtres de banlieue qui ouvrent leurs portes aux jeunes, qui mobilisent leurs ressources à la conquête de ces publics fracassés par la crise, les applaudissements explosent à la fin des spectacles et me confirment dans une conviction : la société commune passe par ces espaces et la confiance dans le service public peut aussi se nouer par l’art. l n’y a pas de meilleur endroit pour penser le monde, pour partager ensemble des émotions et pour croire à quelque chose de commun, très loin de cette société hyper individualiste.

Si j’étais François Hollande, disais-je en commençant cet article, je ne m’occuperais pas que de la sécurité et de l’emploi. Je m’occuperais aussi de ce sur quoi l’action politique permet d’obtenir des résultats concrets, et je m’engagerais pour donner de l’espérance à partir de ce qui fait notre capacité à vivre ensemble.

Mais comme je ne suis pas François Hollande, et que je doute qu’il lise mon blog, je me rêverais dans un autre rôle, tout aussi inaccessible mais pour lequel j’ai quelques idées…. dans un prochain article !

A suivre. « Si j’étais ministre de la culture ».
A suivre. «  Si j’étais le pape François » ?

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