Pas besoin de soleil pour aller au cinéma.

Le Festival de Cannes est pour moi le contraire d’un festival. D’ailleurs, les professionnels le reconnaissent, il s’agit essentiellement d’un marché. Le cinéma est une industrie qui repose sur une loi bien connue, celle de l’offre et de la demande. Cannes, c’est le moteur de la demande, c’est le star système mondial qui tend à briller et entretient ainsi le rêve. Le rêve du public. Le rêve de la presse. Je n’y suis allé qu’une fois et me suis bien juré de n’y retourner que forcé et contraint d’obligations professionnelles impératives. Mais peu impliqué dans le métier cinéma, je n’ai pas eu à y retourner, et j’ai ainsi davantage fréquenté des petits festivals de cinéma où le plaisir de voir des films n’est pas empêché par la furie médiatique. D’ailleurs à Cannes, seuls les journalistes, les professionnels et les UVIP (ultra VIP !) accèdent aux films, les petites compétitions parallèles restant tout de même pour un public plus réel la possibilité de découvrir quelques films d’auteurs de qualité.

Je rêve donc, toujours, depuis longtemps, avec un entêtement presque enfantin, d’un festival populaire, réellement populaire, se situant évidemment loin de Cannes. Pas besoin de soleil pour aller au cinéma. Je rêve de ce que les salles ne font plus, même quand elles sont classées art et essai. Une programmation historique, thématisée, par réalisateur, par acteur, avec des filmographies complètes, retrouver le plaisir de la cinéphilie active qui consiste à découvrir une œuvre dans son entièreté, dans son historicité, comme j’ai eu la chance de découvrir ainsi Truffaut programmé pendant un été, par ordre chronologique, dans les salles des trois Luxembourg à Paris. Ce rêve là, d’un cinéma qui retourne à ses sources, qui parle de tous à tous, un jour, je le réaliserai.

Je m’interroge seulement sur le fait de savoir pourquoi des salles dites d’art et d’essai ont abandonné ce chantier merveilleux de la diffusion du film de patrimoine de façon cohérente, durable, dans le cadre d’un vrai projet culturel d’éducation cinéphilique. Peut-être faudra-t-il rêver ce projet ailleurs que dans une salle de cinéma, telle sera peut-être l’ironie grinçante de l’histoire ? Je parie sur le succès. J’espère que cela nourrira la réflexion des exploitants trop exclusivement orientés vers l’exploitation immédiate des succès à courts termes, et qui ne laissent l’accès aux films anciens qu’à la télévision qui maintenant les coupent jusqu’à deux ou trois fois par diffusion, dans le mépris total et définitif de l’œuvre. Je fais confiance aux cinéastes pour soutenir un projet qui replace l’œuvre dans sa globalité. Une mission de service public, de toute évidence, hors des logiques marchandes, loin de Cannes, donc !

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