On a gagné !

Le soir du match  victorieux de l’équipe de France de football, match « capital » pour participer à la coupe du monde, la France est à nouveau devenue folle. La France ? Une partie de la France assurément.  La presse, définitivement !

Plus aucune autre information ne passe le filtre des télévisions en continue, la radio y consacre un temps disproportionné, interroge le premier ministre sur cette essentielle information, et la presse écrite y consacre beaucoup de  Unes. La France qui va    mal – nous dit-on par ailleurs, avec force insistance – nous chante les mérites de la diversité, des talents footballistiques et du succès d’une équipe de France qui était vouée aux gémonies 24 h auparavant.

Cette France du foot est exaspérante. Lassante. Répétitive. Absurde. Elle tire des généralités politiques d’un spectacle sportif bestial, très organisé dans ses enjeux financiers. A-t-on oublié qu’il y a encore huit jours, les présidents des grands clubs annonçaient une grève honteuse des matchs, pour cause de taxe à 75 % et non pas pour cause de salaires indécents ?

Trois buts plus tard, la France exulte, oublie tout, se saoule parfois, et recommence le lendemain !

La publication sur facebook de ce court message de Gaël Morel sonne juste : « Je rêve d’un pays qui se fédère autour de sa palme d’or, de son prix Nobel de littérature… Une descente des champs Elysées en bus de l’équipe de « La vie d’Adèle » par exemple… Avec le Président de la République himself qui commenterait en direct la victoire… Ce qui paraît le plus absurde c’est que cette idée le soit… Et c’est très triste. »

masculin3La promptitude des hommes politiques à commenter le résultat sportif, avec mille paraboles sociétales, n’a d’égale que le vide constant et le silence profond de ces mêmes hommes et femmes  dans l’observation de ce qui fait le talent de la France, ses artistes, ses metteurs en scènes, ses cinéastes, ses chanteurs, ses auteurs, etc.… Comment se fait-il que pour trois buts –  fussent-ils beaux – les foules envahissent les Champs Elysées, et le Président de la République commente en direct l’événement, quand la richesse culturelle identifiée se manifeste tout au plus par un communiqué écrit par de brillants conseillers, à l’occasion de la mort des grands artistes. Le contraste est saisissant.

Cette question, loin d’être anecdotique, est essentielle. Elle renvoie au niveau culturel d’un pays, au degré d’élévation individuelle des hommes et des femmes politiques, que nous avons certes élu, mais qui, avec un temps politique qui s’accélère, donnent le sentiment de ne plus savoir où sont les valeurs qui fondent la culture commune. Et assurément de ne pas s’en nourrir individuellement.

Nous aimerions que le Président de la République, plutôt que de se réjouir de la « diversité » de l’équipe de France, s’intéresse à la place des noirs dans la société culturelle d’aujourd’hui. Nous aimerions que la question des publics de la culture soit au cœur des pensées présidentielles. Nous aimerions que la seule ministre à fréquenter les théâtres ne soit pas seulement celle qui soit nommée pour le faire, à quelques heureuses exceptions près, évidemment. Nous aimerions que la parole politique se nourrisse de la parabole artistique autant que de la métaphore  sportive.

Mitterrand éclairait ses propos politiques de ses lectures, de ses conversations avec les intellectuels de l’époque, se passionnait d’architecture, et aimait la musique. Quel est aujourd’hui, l’homme ou la femme politique dont nous savons sa richesse profonde dans le rapport à l’art et à la culture ? Christiane Taubira nous a démontré que la force politique pouvait se fonder sur le rapport aux œuvres. Martine Aubry ne pense pas la société sans l’art. Les autres, y pensent peut-être, mais ne le disent jamais !

 

 

 

 

 

 

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