L’olympiade culturelle

La désignation le 13 septembre dernier de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024 a été accueillie comme une excellente nouvelle pour le sport, pour notre pays, et pour les territoires qui accueilleront la diversité des épreuves sportives, les sportifs eux-mêmes, et les milliers de journalistes couvrant l’événement. Difficile en effet de ne pas se réjouir, notamment pour la Seine-Saint-Denis, département en crise urbaine chronique, qui va pouvoir profiter de cet élan structurant pour rattraper un retard et offrir à ses habitants, des améliorations pour leur vie quotidienne, en termes de réseau de transport, d’équipements sportifs, et d’offre renforcée de logements. Il faudra agir sans relâche pour que les JOP créent de l’emploi local au bénéfice des habitants sans emploi. Les JOP sont un espoir de développement économique au profit des populations locales.

Les JOP à Paris constituent aussi une excellente nouvelle culturelle pour tous les sites accueillant des épreuves et dont on n’a pas encore suffisamment parlé. L’olympiade culturelle est en effet un des éléments intégré à la candidature présentée par Paris, et qui entend, durant les 4 années qui précédent les jeux, renforcer l’offre culturelle au profit des habitants des sites dans lesquels les jeux se dérouleront. L’olympiade culturelle de Londres a frappé les esprits par sa dimension et son ambition, et le modèle à inventer en France devra trouver une force particulière car notre pays dispose d’une richesse culturelle inégalée. Pourtant, après 10 années de diète budgétaire, la politique culturelle française est fragilisée, et les signaux du nouveau pouvoir ne donnent pas de cap permettant d’espérer un nouveau souffle. Les moyens sont annoncés atones, et le discours politique peu audible.

Peut-être le temps d’un nouveau modèle de financement de la création artistique est-il venu… et les jeux olympiques et paralympiques vont-ils contribuer à faire prendre conscience, aux uns et aux autres, de l’intérêt d’une démarche volontariste pour orienter davantage l’argent privé du mécénat vers la création artistique elle-même, en propre, en tant que telle. Loin des justifications sociales ou des seules intentions éducatives – par ailleurs très légitimes – , les JOP peuvent faire prendre conscience à nombre de chefs d’entreprises, que l’affirmation d’une responsabilité sociale et culturelle d’entreprise peut passer par le soutien aux artistes, par l’accompagnement à la prise de risque artistique qui vaut bien la prise de risque économique. Pour citer Pierre Berger, récemment disparu, et proposant une définition du mécénat assez radicale « aider les gens sans espoir de retour », il y a, dans cette idée, une démarche nouvelle qui loin du fléchage lié aux « goûts du chef », permet d’aller vers l’intérêt général et le soutien à la création artistique, dans la diversité de ses formes.

S’engager dans cette voie nécessiterait un renforcement de la loi de 2004 en faveur du Mécénat : il faut aller vers le 100 % des sommes versées déductibles, dans les limites d’un plafond à débattre. Puisque l’Etat n’envisage plus d’augmenter ses moyens en argent public, puisque les collectivités perdent chaque jour un peu plus leur autonomie fiscale et donc budgétaire, l’Etat doit au mois donner le signal d’un effort en termes d’incitations fiscales en faveur de la culture.

L’Olympiade culturelle sera réussie si elle constitue un mixe de ce que la France sait faire de mieux : à la fois l’organisation de grands événements culturels et la production de grands spectacles susceptibles de s’adresser à tout le monde, et grâce aux JOP, le temps d’une mobilisation hors du commun pour que tous les habitants d’un territoire de compétition olympique soient concernés par l’offre culturelle foisonnante des 4 années d’avant les jeux. L’olympiade culturelle peut devenir le projet le plus ambitieux d’éducation artistique et culturelle, pour tous, à condition de mobiliser les forces et d’associer les acteurs de l’économie à une démarche innovante et rayonnante. C’est un enjeu passionnant d’expérimenter pendant 4 ans, une action tendant à s’adresser à tous, et mobilisant des énergies exceptionnelles pour que la culture sorte de son exception et s’adresse à tous, dans une diversité de formes. Les JOP était un pari fou ! Qu’attend-on pour faire de l’olympiade culturelle le projet le plus ambitieux qui soit en faveur des habitants ?

La même urgence pèse sur l’olympiade culturelle que sur l’organisation physique des jeux, en espérant éviter les pièges du star système qui consiste à plaquer une personnalité sur un projet, à distribuer quelques subsides, et à recycler des initiatives préexistantes. L’olympiade est une occasion unique de montrer au Français que la culture est faite pour eux, et qu’elle sait rassembler le public et le privé sur une démarche ambitieuse et fédératrice. Il n’y a plus qu’à.

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