Le médiateur du livre

Le rapport d’activité du médiateur du livre a été rendu public à la fin du mois dernier. Créé en 2014, et occupé jusqu’à ces jours derniers par Laurence Engel – tout récemment nommée à la présidence de la Bibliothèque Nationale de France – le médiateur du livre innove dans la méthode et crée une approche fondée sur le dialogue et la concertation pour résoudre des problèmes inédits. Il constitue dorénavant un acteur important dans le paysage économique du livre très marqué par la loi de 1981 sur le prix unique que le Médiateur a pour fonction de faire respecter dans un environnement en pleine mutation.

En une année de plein exercice, le médiateur a traité d’une question de fonds sur les offres nouvelles d’abonnement illimité de livres (cf l’article publié sur ce  sujet : http://vincent-moisselin.fr/livre-numerique/ ) qui constitue un bouleversement profond de l’économie du secteur. Si le cadre législatif reste la référence au prix unique déterminé par les éditeurs, le travail de concertation et d’expertise réalisé par la médiature a permis d’inventer un modèle qui ne sclérose pas un secteur en pleine évolution, tout en garantissant les principes essentiels du rôle de l’éditeur dans la fixation du prix, et de la juste rémunération des auteurs. Le numérique appliqué au livre ne doit pas être un destructeur de valeur et le modèle inventé de rémunération à la page, mis en œuvre à partir des recommandations, semble tracer les contours d’un modèle nouveau dont il faudra évaluer l’efficacité. Cette façon de procéder par la concertation avec les opérateurs du secteur, et qui aboutit à des mises en œuvre effective, est pour le moins efficace et assurément rapide.

Le médiateur a pour mission également de traiter les litiges que la bonne application du prix unique peut faire apparaître. La discussion plutôt que le contentieux révèle, d’après Laurence Engel, une « très grande maturité de la filière ». La « chaîne du livre », expression professionnelle consacrée, semble se trouver à l’aise dans une procédure où la condition première reste le dialogue et l’écoute. Les distorsions de concurrence, les contournements de procédure, trouvent dans le cadre de la médiation, un espace de régulation qui fonctionne. Le secteur en effet bouleversé par l’innovation technologique. La vente en ligne, la vente en direct par les éditeurs, le renouveau du marché de l’occasion par internet, sont autant d’évolutions fortes du secteur, sans parler des enjeux violents des opérateurs mondialisés (http://vincent-moisselin.fr/amazon-attention-lerreur-diagnostic/).

Ce qui a été engagé en 2015 par le médiateur offre la perspective de nouveaux chantiers en 2016. Le plus important reste celui de la rémunération des auteurs, qui doit être fermement traité à l’heure des nouveaux modes de commercialisation du livre, notamment en ligne. L’enjeu est évidemment européen, mais cela n’exclut nullement l’approche nationale. Il faut noter que notre pays est particulièrement en retard dans la commercialisation du livre numérique, en raison du blocage des grands éditeurs nationaux. Le changement de paradigme dans les usages est bien réel, en faveur de l’usage au détriment de la propriété. C’est un secteur entier qui peut être à terme secoué par une crise économique sérieuse si les mutations du secteur ne sont pas anticipées. Je crois que ce sujet nécessite une réflexion de grande ampleur et que les auteurs doivent être les acteurs de cette évolution positive. Le nouveau médiateur devra donc se saisir de ce sujet de façon forte. Une concertation approfondie doit être initiée.

La médiation dans le champ des industries culturelles est confortée depuis la création du médiateur du livre. Le dialogue a été nourri avec le médiateur du cinéma ; la perspective de la création d’un médiateur de la musique, en cours de discussion dans le cadre de la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine. C’est incontestablement une nouvelle façon de travailler qui se dessine et dont le bilan de la première année d’exercice du médiateur du livre offre des perspectives intéressantes. On attend donc de connaître le nom du successeur de Laurence Engel pour poursuivre cette mission passionnante.

Comments

comments