L’homophobie est toujours présente….

Avec le souvenir de Sébastien G.
Mort assassiné

L’enquête annuelle de SOS Homophobie, récemment rendue publique, révèle une année de forte hausse des actes homophobes : le nombre de témoignages reçus par l’association a connu une hausse spectaculaire de + 78 % entre 2012 et 2013. Le nombre d’agressions physiques a doublé pour atteindre 188 cas. Et encore, il ne s’agit que d’une donnée transmise par une association dont la mission est d’être à l’écoute et à l’aide des victimes. Il est probable qu’il y ait de la perte en ligne….

L’année de l’adoption de loi en faveur du mariage pour les homosexuels est aussi l’année la plus sombre en termes d’actes homophobes. Cette corrélation ne peut échapper au regard de personne. Cela prouve encore, s’il fallait s’en convaincre, que l’ouverture du droit au mariage constitue un acte majeur de reconnaissance de l’amour homosexuel et que cette reconnaissance a fait rejaillir, une fois encore, comme à chaque fois que l’on parle du droit des homosexuels, des violences et des haines qui restent ancrées dans le fond de notre société.

La bataille politique rangée menée par la droite, dans l’enceinte de la démocratie, et dans la rue avec la fameuse « manif pour tous » a libéré les vieux démons de la parole homophobe. Et de la parole aux actes, il n’y a qu’un pas. Les faits sont là et le prouvent dramatiquement.

Cette période d’extrême tension dont nous sortons, sans savoir si l’effet politique du mariage va finir par se tasser dans les actes, et même améliorer la situation des homosexuels du fait d’une normalisation des couples gays dans notre société, ne doit cependant pas cacher un phénomène de rejet que beaucoup ont cru pouvoir nier, en se focalisant sur des sondages laissant entendre que la société française se décrispait sur la question de l’homosexualité. J’affirme qu’il n’en est rien.

Certes l’homosexualité est plus visible aujourd’hui qu’il y a 20 ans dans les grands médias. Certes, quelques personnalités politiques, médiatiques, entrepreneuriales, sportives, ont rendu publique leur homosexualité. Ils et elles se comptent sur les doigts de deux mains, ce qui est fort peu tout de même pour un grand pays ! Certes, la gay pride rassemble chaque année des foules, peuplées de jeunes, de tous les sexes, de tous les genres, et de toutes les sexualités, donnant une impression de force et de puissance, soutenant les revendications des homosexuels. Tout cela est heureux et nul ne peut nier que les trente dernières années ont permis des évolutions positives majeures dans la vie quotidienne des homosexuels. Certes !

Mais.

Mais, rien n’a changé – ou si peu ! – pour les jeunes gens qui découvrent leur homosexualité dans la profondeur de leur solitude. Rien n’a changé – ou si peu ! – quand il est question de révéler l’homosexualité à ses parents et à sa famille, ou de « l’avouer », comme beaucoup disent, renvoyant un peu plus la culpabilité de celui qui doit parler. Rien n’a changé – ou si peu ! – puisque les jeunes homosexuels tentent de se suicider, toutes choses étant égales par ailleurs, 7 fois plus que les autres jeunes de la même catégorie d’âge. Ce chiffre glace le sang en 2014 ! Rien n’a changé – ou si peu ! – puisque nombres d’ histoires familiales se nourrissent de l’homophobie latente ou expresse, et tétanisent, jusqu’à des âges avancés, les enfants – parfois vieux, parfois très vieux – qui ont enfoui le secret dans leur solitude et souffrent en silence et attendent la mort de leur parent comme le symbole du soulagement et de la libération. Rien n’a changé – ou si peu ! – puisqu’il est simplement impossible, naturellement, qu’un couple homosexuel, se tienne la main aussi simplement que le font les autres couples en public, en tous lieux. Car se tenir la main est encore jugé, même par des amis des homosexuels, comme une provocation…. Rien n’a changé – ou si peu ! – puisque il est encore « compliqué » d’afficher son homosexualité dans le monde du travail sans s’en trouver pénaliser en terme d’avancement de carrière…. Le renvoi de l’homosexualité à la vie privée quand le couple hétérosexuel est une norme sociale signe là, précisément, ce que le mariage homosexuel entend utilement résoudre. Le couple est social. La sexualité est privée.
Cette liste non exhaustive des réalités quotidiennes des homosexuels qui vivent en 2014 n’est pas une vue de l’esprit ! Elle est la vraie vie de nombre d’entre eux et d’entre elles qui vivent de vrais drames nourris de vrais mensonges durables, de double vie définitivement assumée. Si l’on choisit ses amis, la famille, elle, s’impose dans le jugement et rend des vérités impossibles à révéler. OU supposé telle. Le drame est seulement dans l’idée qu’on s’en fait. Evidemment.

Tant que les jeunes découvriront l’homosexualité dans l’angoisse, la solitude et la souffrance, cela signifie que l’image de l’homosexuel reste profondément négative. Tant qu’il sera si compliqué de dire l’homosexualité, à sa famille, à son environnement professionnel, cela signifie que la liberté n’est pas atteinte. Tant qu’il sera dangereux de se tenir la main entre hommes ou entre femmes, l’égalité n’existe pas.

Les chiffres des actes homophobes révélés pour 2013, très alimentés par un débat nauséabond à l’occasion de la réforme majeure de l’ouverture du droit au mariage pour les homosexuels, prouvent que les sondages encourageants sur la « tolérance » des français à l’égard de l’homosexualité, ne révèlent pas la réalité de la perception du sujet. Il ne suffit pas d’avoir son ami arabe pour ne pas être raciste, il faut aussi être capable de vivre la chose dans sa cellule d’origine. Le cœur du sujet est là. Il n’est pas résolu.

 

 

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