Les intermittents du spectacle vus par le bon bout de la raison.

La question des intermittents du spectacle n’est pas traitée par le bon bout de la raison, comme dirait Rouletabille. Pour suivre une pensée digne du célèbre détective de Gaston Leroux, il faut remettre les choses dans un certain désordre pour arriver à des solutions raisonnables.
2003 a laissé de mauvais souvenirs dans la tête de tout le monde. Personne n’a envie en 2014, dans une situation économique encore plus grave, d’ajouter de la crise à la crise. Personne. Admettons le et ne doutons pas que la résolution et la détermination des artistes est la conséquence de l’aggravation de la crise de ce secteur qui est traversé depuis des années, et depuis 2010 en particulier, par des baisses de moyens et une raréfaction de l’argent public au service de la culture et du spectacle en particulier.
Première réflexion : Le problème des intermittents est que le régime d’indemnisation dont ils dépendent, régi par des annexes – symbole d’une haute considération – est rattachée à la négociation globale de l’Unedic. Les partenaires sociaux qui ont négocié – négociation à laquelle le Gouvernement ne participe pas, faut-il le rappeler – l’ont fait sur un paquet beaucoup plus lourd, et l’accord trouvé s’est peu arrêté aux considérations des artistes et techniciens du spectacle. Le problème numéro 1 est là, et la solution se cache peut-être derrière ce détail, nonobstant toutes les postures adoptées sur le sujet, en particulier par le Medef.
Deuxièmement réflexion : A partir du moment où le gouvernement est en chargé de valider l’accord par un agrément, son rôle ne peut pas être seulement celui que semble vouloir jouer le ministre du travail, agréer sans discuter. Ici il ne s’agit pas d’une formule de politesse, mais de l’avenir de milliers d’artistes et de techniciens, qui, loin d’être des escrocs, travaillent durement, dans la précarité la plus inquiétante – pour les artistes assurément – et s’inquiètent de la remise en cause année après année d’un modèle original qui a permis à la France d’avoir cette attractivité culturelle que beaucoup nous envie.
Dernière réflexion : La grève fait peser des risques économiques considérables, pour les artistes d’abord, ne l’oublions pas, pour les professionnels du tourisme évidemment, pour les spectateurs aussi, on aurait presque tendance à l’oublier. Dans une France en crise, dans un pays où la désespérance se manifeste dans les urnes, il y a urgence à redonner le moral aux Français. Les activités artistiques estivales comptent pour beaucoup dans la confiance qu’un pays a en lui-même, participe énormément à l’énergie individuelle et collective. Si les hommes et les femmes politiques pouvaient prendre des décisions utiles à l’aune du moral de nos concitoyens et du drame culturel que signifierait le renoncement aux festivals d’été – qui annoncerait par ailleurs de redoutables perturbations durant saison culturelle à venir – il y aurait une avancée majeure de franchie : la culture guiderait alors la décision pour le bien être des esprits avant le bien être du porte monnaie. L’ennemi c’est la finance ?
De ces éléments faussement désordonnés, la réponse est à portée de mains : La posture d’orgueil des signataires n’est pas tenable devant la gravité de la situation. IL faut admettre que l’agrément du gouvernement n’est pas applicable aux annexes VIII et X. Dans ces conditions, le Gouvernement doit accorder un moratoire d’un an pour qu’une renégociation de celles-ci soit engagée, à partir d’une feuille de route issue des travaux parlementaires. En cas de non accord, le parlement aura à en décider.
Il est enfin urgent que la parole politique du gouvernement soit conforme aux messages que ses membres ont pu tenir avant l’exercice de leurs responsabilités ministérielles, voire pendant. On ne peut pas à la fois dire aux professionnels du spectacle qu’ils sont un atout économique pour le pays, comme on l’a chanté sur tous les tons cette année, et dans le même temps, ne pas agir pour sauver ce qui est par essence, la raison d’une réussite que nul ne dénie.
L’art du compromis social, qui s’ébauche sous le quinquennat de François Hollande, n’est en rien remis en cause par cet épisode. Au contraire, l’accord des partenaires génère un conflit duquel l’intérêt général, au-delà des corporatismes, implique une action résolument déterminée. L’orgueil ne saurait être une attitude responsable dans ce contexte.
C’est pourtant simple : la raison consiste à refuser une crise évitable et dommageable pour le moral du pays en dissociant des annexes d’un accord global. Il suffit de le dire. Et d’agir. Vite.

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