Les dieux du stade sont trop sages.

dieu_Sylvain_Letellier« Lorsque l’on convoque le second degré, c’est, en général, pour justifier plus ou moins adroitement, de l’existence possible d’un contrat de connivence entre celui qui produit une image ou un bon mot et celui qui la reçoit ». Tel est l’analyse assez subtile et pertinente, d’Emmanuel Ethis, commentant sur son blog le « rite  annuel » de l’édition du calendrier des rugbymen, suite aux déclarations  de Max Guazzini cherchant toujours à relativiser la portée de ce calendrier. Le zeste d’érotisme, qui, certaines années, a pris une forme revendiquée par des poses particulièrement suggestives, voir provocantes, a suscité bien des questionnements. Interrogations d’autant plus puissantes que les photos sont souvent collectives et que la nudité de plusieurs hommes côte à côte interpelle sur le récit de l’image elle-même. C’est ici que l’homo érotisme interpelle.  Le fantasme du vestiaire, à l’œuvre cette année dans l’édition du calendrier 2014 de manière explicite dans les photographies de Fred Gaudon,  confirme cette tendance de jouer sur le caractère sexuel de la représentation du corps masculin, en s’adressant évidemment à celles et ceux que cela intéresse : les femmes hétérosexuelles et les hommes homosexuels. Trois années auront marqué l’histoire du calendrier : François Rousseau a inauguré des photos de nue frontale sans aucune dissimulation du sexe en 2004,  poursuivi l’année suivante par Fred Gaudon et achevé l’année d’après par Carter Smith et la photo mémorable d’un Christophe Dominici  ne cachant rien de ses atouts masculins. Le « second degré », convoqué par Max Guazzini, pour ces années cultes que les collectionneurs comme moi ne vendront jamais même à prix d’or, reste relativement explicite ; mais pourquoi donc un assagissement manifeste depuis 2007, allant jusqu’à introduire, comme un contre sens historique, une femme  en nue frontale dans le calendrier 2013, brouillant les repères, tentant d’élargir le socle des clients alors même que la nudité des hommes se fait de moins en moins assumée ? Dans une société qui se libéralise, dans une époque où  le corps de l’homme s’affiche comme « objet » promotionnel, dans une époque où le nu masculin trouve même à s’exposer – fort mal d’ailleurs – au musée d’Orsay, je m’interroge sur cette forme « pudibonde » d’un calendrier qui s’est voulu le représentant de l’homme moderne, assumé, donc exhibitionniste revendiqué, et qui donne aujourd’hui l’impression  d’une forme de retour en arrière : on garde le concept, mais on l’atténue tellement qu’il en perd sa saveur. Le second degré aurait-il disparu, et avec lui l’érotisation masculine ? Il est temps que les pompiers s’y mettent et que les militaires se lâchent un peu, et je parie que la concurrence suscitera un regain de vitalité à une démarche qui n’a d’intérêt qu’à condition de ne pas être sage !

dieux_du_stade_Frederic_Deltour

 

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