Les caramels fous !

J’étais la semaine dernière au théâtre Déjazet, à la dernière représentation du nouveau spectacle des « caramels Fous » : « Il était une fois complètement à l’ouest ». J’entretiens avec cette troupe, une longue histoire d’amour, qui part d’une folie sur scène qui me transporte de joie et de bonheur, d’un code homosexuel posé comme un postulat absolument truculent, et d’une militance politique originale.

Les caramels fous ont 30 ans, une douzaine de comédies musicales créées, toutes bâties sur le principe de la parodie, et dont le propos substantiel reste les mœurs, la perception de la place de l’homosexualité et des homosexuels dans notre temps et notre société. En trente ans, les choses ont évolué, assurément, et pourtant, l’utilité sociale de cette compagnie composée exclusivement d’hommes amateurs,  reste une absolue évidence. En cela, l’originalité de cette troupe est vraiment historique. Elle trouve ses racines au Piano Zinc, un « bar à ritournelles pour intoxiqués des vieux airs », dans le Marais, où un chœur d’hommes est à l’origine de ce qui plus tard, est devenu cette troupe dédiée à « la comédie musicale parodique et néanmoins homosexuelle » !

Beaucoup de spectateurs, comme moi, ont trouvé dans les spectacles des caramels, un espace de liberté, de respiration, de joie de vivre, de « détabouisation » et donc de libération. Beaucoup ont suivi l’aventure des caramels et certains sont devenus des « fous des caramels », association des amis de la troupe ! Si les salles de spectateurs parisiennes paraissent très sexuellement orientées, ce qui n’est pas faux, il y a toujours beaucoup d’hommes et de femmes en souffrance qui découvrent ces spectacles et y trouvent une source de courage, d’affirmation de soi, et d’envie de libération. Les diffusions de leurs spectacles, l’humour homosexuel affirmé, ont toutefois permis l’élargissement d’un public au point de porter un message plus large susceptible de s’adresser à d’autres que les premiers concernés. Ce qui n’est pas le moindre des mérites d’une compagnie.

La relation intime que les spectateurs peuvent entretenir avec la troupe est de cet ordre. Et cela est absolument magnifique. Quelle joie d’être ainsi « invité » à cette dernière des caramels, par un ami qui les avait découverts grâce à moi, à un moment compliqué de son existence où l’affirmation homosexuelle lui était encore impossible. Quel bonheur, 20 ans plus tard, de voir cet ami vivre en couple, avec un homme, et me rappelant ce que j’avais moi-même oublié : la première fois qu’il avait vu un couple d’hommes, heureux, c’était chez moi, quelques temps après avoir vu « les aventures de l’archevêque perdu », by the caramels, of course ! Cela me touche de l’évoquer. Cela a un sens.

La question de l’art et du rapport intime qu’on entretient avec la création, se transpose en tous domaines, et chacun a, dans son imaginaire, dans sa mémoire, un film, un livre, un spectacle, une chanson, une musique, une photo, un tableau, une personnalité artistique, qui a aidé à construire sa personnalité, à sauter le grand pas et à faire son coming out, qu’il soit sexuel ou autre ! C’est le propre de l’art que d’aider à la pensée autonome, à l’affirmation, et en définitive à la libération de soi.

Les caramels ont ainsi joué un rôle historique dans une période par ailleurs terrible, celle de l’hécatombe du SIDA où revendiquer le bonheur d’être gay n’était pas rien ! Peut-être cette joie de vivre, cette énergie folle était-elle encore plus indispensable hier qu’aujourd’hui…. Encore que, dans la sinistrose ambiante, cette folle énergie reste un fervent de bonne santé ! Le western de la dernière production est de ce point de vue une totale réussite.

C’est tout cela que j’ai retrouvé dimanche dernier, et outre l’immense plaisir de découvrir ce nouveau spectacle exigeant, drôle et magnifiquement écrit, c’est une bouffée d’émotions qui m’a saisi profondément. Cette histoire à travers la quelle je suis passé et qui m’a fondé, m’a explosé à la figure. Une fois encore, le spectacle m’a construit, et ma joie a été totale en comprenant, vingt ans plus tard, qu’un ami avait plaisir à m’en faire témoignage pour sa propre histoire. La boucle est bouclée. Vivent le Caramels….. fous !

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