Le Paris culturel (2/3)

A l’heure des élections municipales

Quel projet pour les six années à venir dans le programme de la candidate socialiste, Anne Hidalgo ?

2001 – 2014 sont des années marquées par un renforcement incontestable de l’offre publique, tant en termes de construction d’équipements culturels que d’événements, en particulier à travers Nuit Blanche et la programmation culturelle de Paris Plage. La lecture du programme d’Anne Hidalgo dans le domaine culturel, reste un exercice d’autant plus intéressant qu’il y a un enjeu à faire fructifier les 13 années passées, pour aller à la rencontre des habitants, et favoriser ainsi l’appropriation culturelle pour le plus grand nombre tout en maintenant l’ambition d’un rayonnement international propre au projet de Paris.

104 « Mieux partager « l’offre culturelle » », comme l’ambition est posée en introduction,  suppose ainsi que celle-ci existe, et proposer « d’estomper les frontières entre Paris et sa périphérie » donne une indication intelligente d’une relation à construire entre la ville centre et sa banlieue. Le projet se décline ainsi en propositions organisées autour de 7 axes :

  • Rendre la culture plus accessible(conservatoires hors les murs à l’école, éducation à l’image et aux œuvres, horaires d’ouverture des musées et des bibliothèques, coworking dans les bibliothèques, abolir la barrière tarifaire, création d’une artothèque photothèque) ;

  • Donner à Paris l’élan de la création artistique(création de lieux novateurs ( ?), nouveaux espaces de travail pour les artistes, passerelles entre institutions publiques et secteur privé, soutien au secteur musical, un événement fédérateur sur les grands boulevards, centre hip hop, création d’une régie culturelle ( ?) maintien et renforcement du fonds municipal d’art contemporain) ;

  • Développer l’art dans l’espace public, (1% budget grandes opérations d’urbanisme, street art,) ;

  • Valoriser notre mémoire commune, (plan église, rénovation musée Carnavalet et musée de la libération de Paris) ;

  • Se projeter dans le Paris numérique, (numérisation des œuvres et du patrimoine, mise en ligne des collections, fonds d’aide aux courts métrages ouverts au transmédia, création de la première salle immatérielle( ?)) ;

  • Accompagner les entreprises culturelles, (pépinières, incubateurs, loyers minorés pour les commerces culturels de proximité, mobiliser les galeries d’art autour de la FIAC et de Nuit Blanche, travail sur la commande publique pour permettre aux libraires indépendants de fournir les écoles) ;

  • Renforcer le rayonnement culturel de Paris dans le monde, (prix et labels récompensant l’innovation, conforter la programmation d’envergure internationale, soutien à l’initiative en faveur d’une cité internationale de la littérature à Paris, accueil d’artistes étrangers).

Comment analyser autant de propositions d’un genre et d’un niveau fort différents ?  Et comment en saisir le sens profond et la cohérence d’ensemble ? Reprenons l’analyse à partir de la politique de l’offre et celle de l’action culturelle :

Des investissements importants.

Il est question de nouveaux équipements culturels à Paris, comme s’il en manquait encore : Une artothèque photothèque est sans doute un sujet passionnant, et beaucoup de villes l’ont expérimentée avec bonheur ; mais une seule artothèque dans une ville de plus de deux millions d’habitants peut-il avoir un sens véritable ? Comment les parisiens peuvent-ils se saisir d’une telle proposition dont on mesure mal comment elle fonctionnerait ? Sans doute la ville veut-elle, par cette mesure, démocratiser davantage le fonds d’art contemporain de la ville de Paris, riche, diversifié, et dont les acquisitions se poursuivent année après année ? N’y aurait-il pas d’autres propositions à formuler pour développer le projet de diffusion du FDAC ?

De même, la création de « lieux novateurs » sans que soit précisé de quoi il s’agit, rend curieux et l’on aimerait en savoir plus. La création d’espaces de travail pour les artistes, et notamment d’ateliers logements – alors que les échecs successifs en ce domaine pourrait inciter à la prudence –  quitte à proposer d’autres formes plus innovantes et moins contraignantes. Les politiques de résidences artistiques sur des périodes plus ou moins longues sont souvent plus efficaces pour les artistes, et plus utiles en termes de rencontres avec le public, que les mises à dispositions de locaux sociaux pour des usages artistiques qui souvent se terminent en usages strictement privés. C’est une question délicate et l’aide aux artistes plasticiens notamment, passe souvent par d’autre biais qu’il faut toujours questionner.

La création d’une salle immatérielle intrigue par son appellation et l’impression de floue qui s’en dégage. En revanche, le soutien aux pépinières et aux incubateurs de l’économie créative, le développement des espaces de coworking mutualisés dans des bibliothèques médiathèques, s’inscrit dans un mouvement visant à s’adapter à des évolutions tant dans l’organisation du travail, que dans le soutien à des formes innovantes d’activités économiques pouvant générer des retombées positives. La capacité à fédérer ces énergies, à les accompagner dans leur développement, est la fois une responsabilité économique et culturelle ;  que la ville capitale s’y engage pleinement, après quelques beaux succès comme ceux de la Cantine et du Camping, paraît pertinent, responsable et audacieux. La ville est assurément crédible pour engager une politique de l’économie culturelle fondée sur l’innovation.

Le soutien annoncé à une cité internationale de la littérature à Paris, sonne beau. La formulation laisse entendre que la ville n’en assume pas la maîtrise d’ouvrage mais semble se situer dans le soutien à une initiative privée. Ce point, là encore, a besoin  de précision.

Le centre Hip Hop, déjà engagé dans le cadre du projet de réaménagement des Halles, conduit sous l’actuelle mandature mais livrable en 2015, constitue sans doute le dernier équipement culturel d’envergure, après la Philharmonie évidemment, dont la particularité est d’être thématique mais interdisciplinaire, et inscrit sur un territoire – les Halles – où une part de l’histoire du Hip Hop de rue s’est construite. La volonté de travailler avec les départements voisins où le hip hop occupe une place culturelle forte, donne à ce projet une dimension naturellement métropolitaine peut-être fondatrice d’une nouvelle relation entre Paris et sa banlieue en matière culturelle. Il faut s’en réjouir à ce stade d’autant que le projet rassemble la pratique amateur, les enseignements,  la création et la diffusion.

A cette liste à la Prévert composée de multiples projets dont on ne mesure pas toujours à quels besoins ils vont répondre, s’ajoutent quelques projets d’investissement incontestables, sans doute d’ailleurs sous évalués, telles la rénovation du musée Carnavalet, du musée de la libération, et des volontés de numériser des collections et des fonds patrimoniaux… Les projets d’investissements culturels consistant à entretenir un patrimoine pour en assurer sa fonction dans des conditions optimum ne fait évidemment pas débat. Pour le reste, si l’ambition d’investir est mesurée – en ce sens que les treize années précédentes ont permis de livrer des établissements d’envergure – elle peut être acceptée.

La question doit toujours être posée car une politique culturelle a besoin de pétrole pour vivre. Et ce pétrole permet de s’adresser à tous, d’inventer des modes de médiation, de rencontres, de dialogues avec les gens. Le sens d’une politique culturelle est de s’adresser aux publics, donc aux spectateurs, dans leur plus grande diversité pour les faire réfléchir, pour les toucher par les formes créatives de l’art, pour les élever. Ne jamais oublier ces fondements permet toujours de positionner l’enjeu et d’en assurer durablement la mission.

 

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>