LE GRAND METRO CULTUREL

PhilippeYvinLe 23 septembre dernier, la Société du Grand Paris a rendu public le travail engagé par un groupe d’experts en vue de définir les contours d’une politique culturelle et artistique dans la cadre du Métro du Grand Paris Express : LE GRAND METRO CULTUREL ?  L’ambition affirmée par son Président, Philippe Yvin, à cette occasion, est apparue  ambitieuse et le laisse présager. Je vous propose ci-dessous une synthèse de ce rapport. La qualité du travail produit par les experts mérite d’être saluée tant elle ouvre de possibles, et tant elle incite à casser les cadres traditionnels pour définir la nouvelle urbanité de demain. Pour le dire simplement, il va falloir inventer !

Le schéma directeur propose une réflexion d’envergure sur la dimension culturelle du futur réseau du Métro Grand Paris Express (MGPE) et affirme dans ce cadre une ambition forte, étayée à partir de références historiques, d’un parangonnage approfondi, et d’une démarche prospective très développée.

Les propositions issues de ce groupe de travail se fondent sur un postulat clairement revendiqué : le MGPE et les gares qui vont accueillir les passagers doivent être envisagés dans une vision contribuant à définir de nouvelles manières de vivre les transports dans la ville. Il s’agit d’inventer les conditions d’une nouvelle urbanité. S’il ne fait aucun doute que les enjeux techniques de fonctionnement, de confort, de ponctualité et de sécurité prédominent, il n’en demeure pas moins que la place de l’art et de la culture doit contribuer à donner de nouveaux signaux et permettre de faire des gares et des sites industriels associés au métro, des espaces donnant à voir ce nouveau concept des transports collectifs.

Histoire

L’héritage des approches successives dans les transports en commun permet d’identifier, avec le recul, les actions qui ont marqué les usagers des transports publics. La qualité architecturale, l’invention de décors, l’intégration d’œuvres pérennes jusqu’à des stations elles-mêmes « œuvres d’art », et plus récemment l’intégration du « design » créatif dans le mobilier, ont ainsi marqué les périodes depuis l’ouverture du métropolitain parisien jusqu’aux derniers métros automatiques inaugurés en province et à l’étranger. Cette présence de l’art en tant que tel est souvent complétée par de la programmation culturelle éphémère.

Enjeux

L’affirmation d’une approche partenariale dans la construction de la politique culturelle de la Société du Grand Paris se fonde sur l’histoire même des politiques culturelles ; elle est la condition de l’appropriation territoriale et de la mobilisation des ressources locales qui peuvent être essentielles à la réussite des projets.

Deux catégories d’espace sont citées comme faisant l’objet de la réflexion :

Les gares : le groupement d’architecture Jacques Ferrier qui a été désigné par la SGP, a développé une charte d’architecture dans laquelle le concept de « gare sensuelle » – à priori surprenant ! – a été développé. Le groupe d’experts s’est évidemment saisi de ce concept pour le décliner de façon artistique et opérationnelle.
Les sites industriels : les lieux de la maintenance, ne sont pas exclus de la réflexion, ce qui constitue une originalité certaine, même si la question du rapport au public mérite d’être posée.

Une problématique duale est relevée, entre la recherche d’un réseau de transport cohérent d’une part, et l’affirmation des spécificités de chacune des gares qui jonchent le parcours, d’autre part. Cette dualité doit être entretenue et constitue un enjeu intéressant à creuser pour élaborer les futures propositions du projet culturel.

La politique culturelle ouverte, destinée à tous les publics, s’organisera de multiples façons : le réflexe de la commande artistique est évidemment premier, mais ne saurait être limitatif formellement et durablement ( il pourra s’agir d’œuvres pérennes ou éphémères, de formes multiples, botaniques, sonores, lumières, toutes ces formes que les artistes imaginent et qui vont très au-delà de la démarche plastique statique.) ; la programmation culturelle en tant que telle permet aussi d’imaginer des interventions, des performances, toutes choses artistiques vivantes qui pourraient envahir les sous sols du métro. L’organisation de telles initiatives, de même que son financement n’est pas précisée dans l’étude et renvoie probablement à la capacité de mobiliser les partenaires culturels au-delà de leurs rôles actuels. L’utilisation des technologies par une information interactive géo localisée sur la dimension culturelle des territoires traversés apparaît à la fois évidente, nouvelle et susceptible de mieux faire connaître l’offre culturelle. La permanence artistique et culturelle dans les gares serait quelque chose de profondément nouveau et très adapté à des territoires sous dotés ou mal valorisés. Enfin, la recherche d’initiatives provenant des usagers eux-mêmes reste à la fois le rêve de tout le monde et peut cependant, mieux qu’ailleurs, susciter des initiatives à succès.

Le schéma directeur est accompagné de très nombreuses illustrations convaincantes présentant un parangonnage complet des initiatives artistiques, des pièces produites, des expositions organisées dans le monde entier.

Les temps du projet

L’échelle du temps constitue une difficulté majeure du projet global du MGPE ; l’action culturelle peut contribuer de manière intéressante, à favoriser des appropriations successives s’adaptant à l’échelle du temps. De nombreuses démarches de ce type ont été conduites sur d’autres projets d’infrastructures et alimentent la réflexion.

1 La conception du réseau : « Les maisons du projet », qui sont des espaces de communication et d’information, peuvent être un espace d’appropriation artistique. Cela favorise aussi le temps de projets participatifs.

2 La construction des gares et du patrimoine : L’ambition architecturale de la SGP est un élément de crédibilité générale du projet. L’aspect culturel doit également prendre en compte les enjeux de mobilier, de design, de signalétique, afin que chaque étape du projet permette d’aller vers l’objectif de « gare sensuelle » : la lumière, le son, la signalétique constituent autant d’éléments qui peuvent changer le rapport des usagers aux transports.

3 La vie du réseau : Les gares seront des lieux de vie très ouverts sur le territoire. La politique culturelle devra se penser, dans ce troisième temps, de façon pérenne. Il peut s’agir ici d’une opportunité nouvelle pour bien intégrer l’environnement des gares aux réseaux de transports.

Des objectifs

La « gare sensuelle » doit faire des usagers des sujets actifs, acteurs de la vie urbaine. Le temps obligé et répétitif du transport doit être placé sous un signe de l’hospitalité, qui peut impliquer une formation des acteurs (Londres a ainsi formé ses agents à l’hospitalité et à des formes de médiation avancées – autant dire que les agents de la RATP pourraient utilement en bénéficier – NDLR !!!).

Pour ce faire, il faut inventer de nouvelles façons de vivre l’espace de transport. « Mise à disposition périodique d’espaces d’expression donnant à voir des œuvres d’art, des murs de street-art, de la vidéo, des films, des photos, des dessins venus des écoles ». Cette vision d’un foisonnement d’initiatives en provenance de tous les acteurs des territoires autour des gares et qui donne une vision constamment renouvelée de la gare et de cet espace d’attente et de passage, est une dimension passionnante à mettre en œuvre, par des logiques de coordination et de délégation avec tel ou tel partenaire culturel. En mettant en réseau l’extérieur et l’intérieur, on facilitera des pratiques culturelles contributives assignant aux usagers un potentiel rôle d’acteur (cf « plastic bags » Gare de Paris Saint-Lazare 2013 – Pascal Martine Tayou).

Le programme d’actions culturelles doit favoriser des approches totalement renouvelées en termes de formes et de partenariats. Les artistes peuvent y contribuer de façon décisive. C’est un laboratoire créatif permanent qui sera au service du projet culturel : il faudra soutenir des projets qui dépassent les formes classiques de la seule commande publique, pour aller vers « une dynamique du mouvement », s’ouvrir au spectacle vivant et aux initiatives des territoires. Les orientations ne doivent pas figer un cadre, mais au contraire définir les conditions de l’innovation. Pour ce faire, le schéma décrit quatre grandes dominantes d’actions d’une future programmation s’inscrivant dans la très longue temporalité du projet, telle qu’elle a été rappelée précédemment.

1 Raconter : La mise en récit du projet pourra associer des auteurs, des écrivains, des cinéastes, des bédéistes, des photographes…. Le récit marquant de François Maspero (Les passagers du Roissy Express) donne une idée de ce que pourrait être des projets multiformes donnant à lire et à entendre le projet du futur réseau.

2 Préparer : Le temps des chantiers est toujours un moment complexe, notamment pour les riverains. Déjà de très nombreuses initiatives ont été réalisées dans le cadre de grand projet de transport (ou autre) pour en tirer d’ores et déjà les enseignements et en déduire des nouvelles propositions. (Stefan Shankland – HQAC – MU – collectif ETC- structures mobiles, beaucoup d’initiatives existent et peuvent être mobilisées dans ce temps pour faire partager le projet du futur MGPE par des approches sensibles). La mobilisation partenariale est essentielle à la réussite de projets dans ces périodes de fortes perturbations locales.

3 Révéler : La trace et le tracé. Faire percevoir l’étendue et la forme du grand Paris Express, condition de l’identité globale du projet malgré la diversité des territoires traversés, est une ambition nécessaire. C’est un élément constitutif des enjeux de dualité qui peut être construit à cette étape. La démarche de design des équipements des gares (mobiliers identiques ?) fait partie intégrante de cette idée de « tracé » continu.2

4 Animer : La grande galerie en mouvement, c’est la vie du futur MGPE. Les parois des quais, les halls des gares, les parvis extérieurs, sont autant de lieux et d’espaces qui peuvent donner à voir un répertoire d’œuvres voyageant sur le réseau. Par exemple, de gare en gare, une œuvre de même type pourrait vivre dans des espaces différents. Les initiatives « gares et connexions », réalisées dans le cadre des 30 ans des FRAC, montrent une façon de construire des projets qui peuvent créer cette résonance.

L’ambition du projet urbain, fondateur d’une nouvelle civilité, impliquera à la fois une forte qualité des actions, une diversité permanente des propositions, des capacités d’invention et de renouvellement radicale, imposant de sortir des modèles même récents, une construction partenariale permanente et totalement inédite entre un réseau de transport et les territoires, et enfin, une mobilisation des forces économiques. Autant dire, beaucoup d’idées à inventer et mettre en musique.

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Le rapport est téléchargeable sur le site de la Société du Grand Paris

http://www.societedugrandparis.fr/focus/projet-culturel/schema-directeur-actions-culturelles

 

 

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