Le 1% artistique

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Le 1% artistique a laissé de mauvais souvenirs à toute une génération de responsables administratifs. Les années 1970 et 80 ont en effet laissé quelques traces mal abouties d’œuvre d’art « décoratives » qui ont assurément mal vieillies. Pourtant, le 1% artistique a évolué. Il a même tellement évolué qu’il s’est transformé. Il est aujourd’hui un dispositif formidable alliant le soutien à la création plastique et la rencontre de l’art dans un espace ayant vocation à accueillir du public. Bref, il est le temps de la rencontre de la création contemporaine avec un public hors musée qui peut ainsi se confronter au langage artistique d’aujourd’hui.

De quoi s’agit-il ? De réserver, dans toutes les constructions publiques accueillant du public, 1% du montant hors taxe du coût de la construction à la production d’une œuvre d’art. Formidable idée ! Les corrections successives des textes réglementant ce dispositif ont permis de décentraliser totalement le 1% qui relève de la responsabilité de la maîtrise d’ouvrage – celui qui décide de construire – dans une procédure transparente s’apparentant à une forme simplifiée de marché public. De même, le champ des possibles s’est élargi à toutes les formes plastiques, s’adaptant à la réalité des pratiques artistiques. La sculpture inaugurale des années 1970, s’est modifiée et des artistes de la lumière, des plasticiens sonores, des paysagistes, des designers, sont aujourd’hui régulièrement choisis dans le cadre des 1%. Il est même possible de proposer des artistes engageant des processus artistiques éphémères n’aboutissant pas nécessairement à la production d’une œuvre en « dur ». Cette ouverture permet ainsi d’allier le projet artistique au projet social et architectural de l’équipement public en construction.

La décentralisation de ce dispositif aux collectivités territoriales favorise aussi la mise en œuvre d’actions culturelles d’accompagnement, en particulier dans les établissements scolaires, faisant du 1% un outil de l’éducation artistique et culturelle, véritable levier au sein des établissements. Il peut en être de même dans d’autres équipements, en particulier les hôpitaux.

Dès lors qu’il est investi, le 1% devient un outil de rencontre entre l’art et les gens. Les formes innovantes – souvent drôles, imaginatives – suscitent la curiosité d’un public non averti. Cette expérience, aujourd’hui très aboutie, devrait susciter de nouveaux engagements en faveur du déploiement de l’art dans l’espace public et encourager des mesures simples et efficaces :

-         Encourager les constructions privées à appliquer le modèle du 1% en s’inspirant de l’organisation en vigueur ; nous pourrions ce faisant développer  la présence de l’art dans la vie de tous les jours ;

-         Favoriser  l’intégration de tels dispositifs dans les plans locaux d’urbanisme, pour créer de véritables villes d’art ;

-         Appliquer ces règles à d’autres projets publics que les équipements : beaucoup de villes – et de régions – ont financé des projets artistiques dans le cadre des constructions de tramway, ce qui a d’ailleurs été très bien réalisé pour le deuxième tronçon du T1. Le métro du Grand Paris pourrait-il être l’occasion d’une grande mission d’accompagnement artistique pour faire de ce projet urbain majeur un projet également artistique ?fourmi

    Le 1% a intégré l’art dans des  espaces accueillant du public. Un grand programme de commandes publiques pourrait aussi être déployé en cherchant des financements diversifiés comme Nantes a su le faire dans le cadre de « Estuaire » : car c’est notre regard de tous les jours que l’art change. C’est la ville qui se transforme par des repères artistiques. C’est notre imaginaire qui est nourri de ses nouvelles étapes urbaines.

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