La cité de l’histoire de l’immigration

CNHIL’établissement public de la Porte Dorée – Cité nationale de l’histoire de l’immigration vient de vivre son premier quinquennat et a déjà entamé son second. Cela n’a pas été de tout repos et la CNHI reste fragile, très fragile, alors même que son projet politique est majeur dans une société traversée par des doutes et des poussées de violence souvent fondées sur l’ignorance d’une histoire commune.

Portée dès le début des années 1990 par le milieu associatif, l’idée de la création d’un lieu racontant l’histoire de l’immigration en France a fait peu à peu son chemin. En 2001, Lionel Jospin, alors Premier ministre, lance une mission d’étude qui aboutit à la proposition de créer un centre national de l’histoire et des cultures de l’immigration. Lors d’un Comité interministériel d’intégration présidé par Jacques Chirac en 2003, la création d’une Cité nationale de l’histoire de l’immigration est évoquée. Une mission de préfiguration, pilotée par M. Jacques Toubon, est alors mise en place. Quatre ans plus tard, l’Etablissement public de la porte Dorée – Cité nationale de l’histoire de l’immigration est créé. Sa mission est ainsi définie : « contribuer à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et de faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France ». Grande et belle mission qui a pourtant, encore aujourd’hui, du mal à trouver sa place légitime dans l’univers politique et culturel de notre pays !

Un musée national non inauguré  car livré à un très mauvais moment politique

L’inauguration officielle prévue en octobre 2007 n’a pas  lieu. Seuls la Ministre de la culture de l’époque et le Ministre de l’immigration visitent en catimini l’exposition permanente. On est en 2007 ! La création d’un ministère de l’identité nationale est passée par là et les remous nauséabonds de cette orientation politique gouvernementale explique cette chose incroyable : qu’un établissement public de cette importance n’ait pas été inauguré en son temps. D’ailleurs, en mai 2007, huit historiens sur les douze que compte le Conseil scientifique de l’établissement, en démissionnent avec fracas. Non contre son projet, évidemment,  mais contre la création du ministère articulant « immigration » et « identité nationale ». L’affaire fait grand bruit et ses démissions courageuses et utiles ne changent hélas rien. De même, en mars 2009, l’ouverture au public de la médiathèque Abdelmalek Sayad, du nom d’un sociologue franco-algérien, se passe dans les mêmes conditions politiques : Eric Besson et Xavier Darcos renoncent à l’inaugurer devant l’hostilité du public à leur égard, les mêmes causes provoquant les mêmes  effets.

La Cité  n’a donc jamais été inaugurée et ne l’a toujours pas été depuis l’alternance de 2012. Elle est néanmoins en prises avec le réel d’une société confrontée durant le dernier quinquennat à un durcissement de la politique à l’égard de l’immigration et dont le sujet reste très présent dans l’agenda politique actuel. Tout de même,  le 10 octobre 2007, en présence de Bertrand Delanoë, Maire de Paris, et de François Hollande, alors premier secrétaire du Parti Socialiste, la LDH et RESF du 12° arrondissement organisent une « inauguration citoyenne » de la CNHI.

Les trente ans de l’arrivée de la Marche pour l’égalité et contre le racisme (mal dite « marche des beurs») à Paris, le 3 décembre dernier, aurait été  une occasion rêvée de célébrer un événement politique important. Cette date est en effet considérée par beaucoup comme un moment essentiel de l’émergence, sur la scène publique, des Français issus de l’immigration en tant qu’acteurs politiques revendiquant une reconnaissance sociale et culturelle. La Marche de 83 est d’ailleurs reçue par François Mitterrand et marque un aboutissement des luttes antiracistes conduites depuis les années 70. Mais curieusement cette date n’a pas été retenue, et les seuls événements organisés se sont concentrés autour d’un film « éponyme » qu’on ne commentera pas…

CNHI2 L’inauguration n’a donc toujours pas eu lieue. Cela n’empêche pas le musée de vivre et de se développer, de présenter des expositions temporaires d’une grande diversité et d’un intérêt incontesté ; cela ne l’empêche pas davantage de développer son public, de s’adresser aux jeunes, aux collégiens, aux lycéens, pour faire ainsi œuvre et réaliser sa mission fondamentale d’éducation. Cela ne l’empêche pas encore d’être un centre de ressource essentiel, d’accueillir des débats et des colloques multiples, bref, d’être intégré dans son environnement culturel et intellectuel. 

Mais serait-il possible de ne pas attendre le 40e anniversaire de la marche des beurs pour marquer officiellement l’importance politique de cette institution muséale ?  et ainsi lui conférer une place à la fois culturelle et politique dans le débat sur l’histoire de l’immigration française ? et manifester ainsi que la seule façon de lutter contre les phobies diverses passe par le développement de la connaissance et sa restitution au public ?

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