Je vote POUR …. Macron !

La campagne électorale surréaliste à laquelle nous assistons depuis décembre 2016 en vue des élections présidentielle et législatives, m’incite à prendre une position publique. Je ne supporte plus les agressions verbales permanentes entre, d’un côté, les socialistes qui soutiennent Hamon et de l’autre, ceux qui ont exprimé leur soutien à Macron ou qui s’apprêtent simplement à le faire dans les urnes. Ces attaques des uns contre les autres ressemblent au dernier sursaut avant la fin. J’en suis triste comme tout le monde mais je crois à la sincérité de celles et ceux qui voient dans la démarche initiée par Macron l’espoir, peut-être, enfin, de refonder la vie politique française sur autre chose que des clivages artificiels.

Je suis un homme de gauche depuis toujours. J’ai quitté le parti socialiste en 1990 après y avoir milité une petite dizaine d’années. Durant cette période de militantisme, j’ai assisté de l’intérieur à la haine entre courants, à la violence permanente fondée exclusivement sur la conquête du pouvoir et sur les concurrences en jeu entre les cadres dirigeants, suivis d’armées opposées. A mon regret, la richesse des débats du début des années 80 a progressivement disparu au profit des conflits de personnes. La crise politique que nous vivons aujourd’hui est le fruit très évident de cette détérioration qui n’a pas cessé depuis lors.
J’ai trouvé le débat d’idées ailleurs, et notamment dans les think tanks qui rassemblent des gens de bonne volonté ne se reconnaissant pas dans les enjeux d’appareils, mais ne renonçant pas pour autant au désir de participer activement à la vie citoyenne. J’ai ainsi contribué ici et là, à des réflexions passionnantes sur la bioéthique, sur la politique pénale, et surtout sur la culture qui est devenue mon domaine de spécialité professionnelle.

J’ai eu le sentiment d’être plus utile dans mes métiers successifs, toujours au service de l’intérêt général, en travaillant dans des collectivités territoriales à développer des politiques culturelles et sportives, plutôt qu’en militant dans un parti. J’ai participé à des campagnes électorales en 1995 auprès de Roger Madec dans le 19e arrondissement, en 2001, auprès de Bertrand Delanoë à Paris, en 2015 auprès de Claude Bartolone en Ile de France. Je sais ce que c’est que l’engagement. Je sais ce que signifie faire campagne.

Le PS se meurt de ses divisions et les frondeurs d’hier sont les frondés d’aujourd’hui, juste retour des choses. La leçon de 1981, c’est que la gauche ne peut gagner que si elle élargit sa base. Ce qui a changé depuis, c’est la nature de cette base. Benoît Hamon en est resté à 1981, construisant un pseudo rassemblement à partir d’une petite minorité d’écologistes.

Comme tout le monde, le phénomène Macron m’a sidéré. Je n’y ai pas cru, bien sûr. Le vieux modèle politique étant encore dans les esprits, il semble impossible de faire campagne sans un grand parti. J’ai vu ses « provocations » à l’égard de Hollande. Je n‘ai pas cru possible que cela dure mais il est resté au Gouvernement. Je l’ai vu démissionner et n’en suis pas revenu non plus. Et nous en sommes là où un homme seul, diablement intelligent, a construit une usine à transformer notre vie politique française totalement gangrénée par des pratiques politiques datant de 50 ans. Il a su rassembler du monde, venant effectivement d’horizons très divers, de droite et de gauche, mais affirmant une vision progressiste de la société.

Je ne renie pas d’où je viens, de la gauche socialiste qui croit à l’exercice des responsabilités pour gouverner et transformer la société, par touches successives, lentement mais sûrement, parfois radicalement, mais jamais brutalement.

Mon vote a deux causes : je ne me suis jamais aussi mal senti représenté par le candidat du parti socialiste à une élection présidentielle – foutue primaire ! – (cela dit, j’ai quand même pas mal souffert avec Ségolène Royal), et je n’ai jamais ressenti un tel intérêt positif pour un autre candidat. Les deux causes cumulées justifient mon vote positif, et j’ai l’impression de ne pas être le seul dans ce cas !

Quatre choses m’intéressent dans les propositions de Macron.

La volonté d’achever la décentralisation, offrant ainsi une vision résolument pertinente de l’organisation de l’Etat en vue d’en renforcer l’efficacité.
Le projet de réforme de l’assurance chômage est une proposition « révolutionnaire » et si la capacité à la mettre en œuvre est rendue possible par son élection et celle d’une majorité lui étant favorable à l’Assemblée nationale, alors, je crois qu’un renouveau profond s’offrira à des millions de français pour sécuriser leurs parcours professionnels et favoriser les mobilités indispensables !

L’engagement européen puissant dont il est porteur et qui est, à mes yeux, le seul susceptible de redonner du souffle à l’Europe et au couple franco-allemand, parce qu’il ne prend pas les allemands pour des imbéciles et qu’il n’entend pas dilapider les efforts réalisés ces cinq dernières années pour faire des cadeaux électoraux.

Enfin, je sens chez ce jeune homme une culture personnelle qui me rassure. Je ne supporte plus ces « professionnels de la politique » incultes qui nous gouvernent depuis si longtemps. Les gens qui lisent par eux-mêmes des livres plutôt que de des fiches, me rassurent. Gouverner un grand pays implique cette capacité personnelle à penser les événements au-delà de leurs petits effets collatéraux. La culture personnelle en est la condition.

Ces quatre éléments me donnent confiance et offrent une certaine vision de l’avenir qui me convient parfaitement. Mieux, qui me donne envie !

A cela s’ajoute plein de choses dites au cours de cette campagne et dans lesquelles je me retrouve : la volonté de doubler les effectifs enseignants dans le réseau d’éducation prioritaire en primaire ; l’intention d’agir résolument dans la lutte contre l’homophobie dont il a parlé mieux que quiconque ; sa vision de la laïcité est parfaite ; sa volonté de traiter la question des réfugiés avec ambition et dignité est conforme à l’histoire de notre pays et aux antipodes de la façon dont Hollande l’a traitée ; sa posture émancipatrice de la culture me paraît forte (même si les mesures annoncées sont parfois décevantes) ; son souhait d’incarner de nouveaux usages politiques avec de nouveaux visages est indispensable et il peut y prétendre ; et je pourrai allonger la liste encore….

Pour autant, je ne suis pas dans un fan club et j’ai des désaccords que je formule aussi comme j’en aurai d’ailleurs avec n’importe quel autre candidat.
On ne peut pas balayer d’un revers de main la question de la réforme de la législation sur la consommation de cannabis, qui est en échec depuis des décennies et qui implique du courage pour sortir du tabou qu’elle constitue. Sa majorité devra l’y inciter. On ne peut pas clore le débat sur la gestation pour autrui avant qu’il n’ait eu lieu. Il faut dire la vérité : seule la loi peut protéger les plus faibles. J’ai un désaccord sérieux sur la question pénale, où le candidat Macron me donne l’impression d’avoir été conseillé par des gens qui ne connaissent rien à l’institution judiciaire et qui lui font « politiser » des questions qui devraient rester loin de la sphère politique, dans le souci de l’efficacité.

C’est la raison pour laquelle j’applaudis quand je lis dans l’entretien du monde daté du 4 avril, les déclarations d’Emmanuel Macron sur l’accélération du temps politique : « Il s’agit juste d’accepter que ce ne sont ni les médias ni le système politique qui donne le la ». C’est exactement la méthode par laquelle il convient de dépolitiser les questions sécuritaires. Ce n’est pas ce qu’il a fait pour le moment. Il faudra l’en convaincre plus tard.

Une élection – fût-elle présidentielle – ne doit pas tout trancher des débats des 5 ans qui viennent, et l’élection d’un seul ne peut valoir décision sur tout.

Je crois à la force des valeurs, et Macron les incarne sans ambiguïté, quand il a condamné la tentative sur la déchéance de nationalité, quand il a porté les critiques fortes contre la pusillanimité du Gouvernement face à la crise des réfugiés, par exemple. Ces valeurs sont les miennes. Mais elles rassemblent au-delà de la gauche, nul ne peut le nier. Le pari du rassemblement transpartisan fait peur. Nous n’en avons pas l’habitude. Mais les déchirements inter-partisans, à droite comme à gauche, sur l’Europe, sur le travail, sur les questions sociales, sur les institutions, prouvent qu’il faut recomposer notre vie politique autrement.

Il y a dans la démarche de Macron un pari. Cela n’est pas sans risque car la vieille politique ne va pas disparaître d’un coup de baguette magique (cf. les investitures de En Marche, qui risquent de secouer le mouvement), mais cette aventure me tente. Je ne renoncerai à rien de ce que je suis, mais j’aurais moins de déchirement qu’à avoir vécu ces 5 dernières années d’un quinquennat – qui n’a pas été vain, loin s’en faut ! – mais qui a été secoué par les ambitions empêchant le gouvernement de gouverner. Les frondeurs le comprendront à leurs dépens le 23 avril.

Enfin, comment ne pas pressentir que l’élection de Macron est probablement l’un des remparts les plus puissants face au Front national ? Comment ne pas se persuader que sa jeunesse et sa rapidité d’exécution en politique (cf. la dernière année, depuis le 6 avril 2016….) peut permettre de créer le choc politique dont nous avons besoin pour tuer le mal de l’extrême droite à la racine ?

Macron n’anéantira pas les efforts budgétaires consentis et les premiers bons résultats obtenus. Son réalisme politique est pour moi la chance d’une efficacité rapide, d’une prise de conscience renouvelée de la capacité à agir et à peser sur les événements, et à lutter contre le sentiment d’impuissance dont se nourrit l’extrême droite depuis longtemps. Tout cela vaut le coup d’être tenté !

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