Jacques Attali : la culture en 100 jours !

J’ai lu le livre de France 2022 réalisé, nous dit-on, sous la direction de Jacques Attali, et intitulé « 100 jours pour que la France réussisse ». Le livre est mauvais littérairement parlant, mais reconnaissons qu’il y a des idées à piocher et parfois des analyses extrêmement pertinentes et peu fréquentes dans le débat politique.

La seule contradiction ontologique de cet ouvrage, est son titre. « 100 jours », c’est la reprise du délire à la mode : un quinquennat devrait être réglé dans les trois premiers mois, et tout devrait avoir été prévu et anticipé pendant la campagne électorale ! C’est de la communication pure, que critique par ailleurs Jacques Attali quand il relève que le débat politique en est aujourd’hui réduit à un concours de binette et non pas d’idées, encore moins de programmes. Alors, il ne faut pas soi-même prétendre que démocratiquement on peut faire réussir le pays en 100 jours, par des décisions ultra rapides qui contourneraient le parlement, les corps intermédiaires. La démocratie et le parlement nécessite du temps. 100 jours, c’est choc, c’est chic, mais c’est du toc !

J’en arrive à ce qui justifie un article sur mon blog. L’affirmation culturelle de la réflexion de France 2022 est réelle. Elle transpire à chaque ligne et c’est assurément tout à fait original dans le contexte dans lequel nous sommes et où la culture semble n’intéresser personnes : trois ministres en cinq ans démontrent l’absence d’incarnation politique assurément, mais révèle également l’absence de vision politique. Alors, de lire dans un ouvrage, presque à chaque chapitre, que la culture représente un enjeu pour la réussite du pays, ne peut que susciter intérêt et attention.

Je cite un minimum pour qu’on me croie : « La place qu’occupe la culture dans notre société a toujours constitué le reflet de celle que nous y accordions à l’homme. Parce qu’elle véhicule valeurs et savoirs, elle constitue un ciment structurel sur lequel se fonde notre nation. Elle incarne tout à la fois notre identité, nos racines et notre avenir. Elle participe à la construction de l’histoire nationale et lui offre un sens de lecture. Elle doit se nourrir de la diversité des cultures des français. Sa promotion, sa valorisation doivent être au cœur du projet politique de notre pays. » Ce n’est pas du Moisselin, c’est du Attali versus France 2022.

Nonobstant cette déclaration de principe, l’approche très libérale de Jacques Attalli ne s’applique pas à la culture. Ce n’est pas sa contribution au PIB qui intéresse les auteurs ; ce n’est pas même le rayonnement qui justifie l’intérêt ; et France 2022 exprime son inquiétude, comme le SYNDEAC, face aux coupes budgétaires des collectivités locales qui s’attaquent toujours d’abord à la culture avant de rechercher toute autre solution. Oui, la culture participe à la cohésion sociale et de ce fait constitue un enjeu. Il est vrai que la culture exprime un enjeu d’identité, identité pluriculturelle de toute évidence, et d’ouverture sur le monde, sur l’Europe, et qu’à ce titre, dans le climat délétère que nous traversons, elle doit être réaffirmée dans les priorités politiques. Il est juste aussi de noter que la culture, non délocalisable par essence pour tout ce qui vit sur une scène, représente un intérêt économique. Et tout ce qui n’est pas sur scène et relève des industries culturelles, présente l’intérêt de peser en termes d’exportation et surtout d’influence. Il est enfin majeur de relever que la culture constitue un enjeu diplomatique, dont je ne tire pas personnellement les mêmes conclusions, mais qui nécessite une politique offensive.

Alors, face à tous ces constats, les préconisations sont inégales, mais la base est bonne. Je pense en particulier qu’à 99 % l’aménagement culturel du territoire est accompli dans notre pays et que l’enjeu est de favoriser les mobilités, et non de créer de nouveaux équipements. Il est évident que d’adapter les horaires des services publics culturels à la réalité des rythmes de vie doit s’imposer. De même, l’idée d’un service civique culturel est intéressante. Je suis enfin favorable à l’ambition d’une diplomatie culturelle, mais elle implique un changement de taille dont j’ai déjà parlé. Le Ministère de la culture doit porter ce sujet en lui-même, et récupérer les compétences mal exploitées par le ministère des affaires étrangères. Voilà un beau projet présidentiel qui doit contribuer à renforcer la réalité européenne pour nos concitoyens, par la culture, et renforcer l’influence de notre pays par l’exportation de ses artistes, dans une démarche ambitieuse et organisée.

Je salue en tout cas le propos général. Il y a une compréhension de l’enjeu culturel à défaut d’une maîtrise précise des solutions. Il n’y a plus qu’à. Saluons la contribution au débat.

Comments

comments