Intermittents suite. Les Jack’s sont toujours là.

La crise actuelle des intermittents du spectacle, qui se répète avec 11 années d’écart, a des causes strictement identiques entre les deux dates. La seule différence notoire est qu’en 2003, la droite est au pouvoir, et qu’en 2014, c’est la gauche. Pour le reste, rien ne change, ou presque !
Dans ce contexte social tendu, seules deux personnalités politiques de gauche s’expriment en soutien aux artistes et techniciens, et sortent du lot, Jack Lang et Jack Ralite. Comme si, en trente ans, depuis 1981, aucune personnalité politique n’avait émergé sur la scène politique nationale pour incarner le renouveau des politiques culturelles. Il s’agit bien d’un drame national.

Depuis 1981…. Combien de ministres de la culture ? 11 se sont succédés rue de Valois, et pas un nom n’est resté avec évidence hormis Jack Lang. Son fantôme hante encore le Palais Royal et seul Jack Ralite, qui n’a pas été ministre de la culture (hélas !), est le second homme politique dont le nom est indissociablement lié à la culture, à l’intelligence, et à la démocratie culturelle.

La chance de Jack Lang a été d’être le ministre de Mitterrand quand la malchance de tous les autres est de n’avoir pas été ministre de la culture avec un président de la République insufflant une énergie nouvelle par conviction personnelle autant que politique.

Mais sommes-nous dans une société à ce point bloquée pour qu’aucun homme, aucune femme politique, de droite et de gauche, n’ait pris à bras le corps les enjeux de la culture pour les incarner dans une forme de modernité nécessaire ? Sommes-nous dans une crise telle que les partis politiques ne sont plus en capacité de faire émerger les personnalités du XXIe siècle ? Sommes-nous dans une époque où même les espaces de liberté et de créativité politique – les think thank’s comme on dit – sont incapables de s’exprimer sur ces sujets et ne parlent culture qu’en parlant média ? Faut-il que nous regrettions le Conseil de la création artistique de Sarkozy – dont je n’ai pas été le dernier – et avec vigueur ! – à critiquer la constitution… ? Faut-il que la gauche soit à ce point suicidaire pour ne pas se réveiller de ce drame qui est en train de se jouer ? Mais que faut-il initier pour faire entendre la gravité d’un mouvement qui va largement au-delà de la revendication des intéressés ?

Les propos de soutiens de Jack Lang au mouvement d’aujourd’hui, les encouragements lyriques et généreux de Jack Ralite, nécessaires, viscéralement utiles, indispensables même tant l’abandon des autres est manifeste, sont des propos qui pourraient être de pur « copier-coller » de 2003. C’est juste là le drame. L’immense respect que nous portons à ces deux acteurs politiques, à ces monstres de la culture, nous fait voir le vide qu’ils laissent derrière eux et la crainte que nous voyons, petit à petit, se défaire les bienfaits de trente ans de décentralisation qui ont développé la culture et l’art partout dans notre pays.

La vérité, c’est que les politiques culturelles ne sont pas comprises des élus et qu’ils les incarnent de moins en moins. Elles restent un gadget pour les périodes fastes. Les dénégations du contraire ne sont que des déclarations d’intention. Et les heureuses exceptions des maires bâtisseurs de politiques culturelles, comme on en a connu depuis 1981, sont aujourd’hui plus rares, et donc plus précieuses évidemment. La culture ne peut pas être seulement vue sous l’angle de la compétitivité – c’est-à-dire de la concurrence – entre les territoires. Elle doit servir les gens, participer à l’émancipation, à l’éveil de l’intelligence et du libre arbitre, bref à la culture ! En répétant cela, j’ai l’impression de me parler à moi-même et de n’être compris de personne. Et j’en suis triste.

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