Inquiétudes… face aux censeurs d’art.

plugJe m’étonne que le sabotage de l’œuvre de McCarthy, place Vendôme à Paris, n’ait pas suscité de réactions politiquement plus virulentes : car de quoi s’agit-il d’autre que d’une attaque en bonne et due forme, des ligues de vertu pour définir le bon goût et la morale ? Les censeurs d’art sont-ils les nouveaux portes paroles de ces ligues ?

Dans cette semaine incroyable où l’art était fêté dans tous les coins de Paris, où toutes les occasions étaient données pour organiser la riposte, rien de bien spectaculaire ne s’est produit. Citons les événements pour s’en convaincre :

- Inauguration en grandes pompes de la fondation Louis Vuitton, qui constitue un événement exceptionnel méritant considération et honneur, et donc présence du Président de la République.

- Inauguration de la Foire Internationale d’Art Contemporain, et de ses multiples déclinaisons, « Off(icielle) », Slick, œuvres monumentales dans les jardins etc, inauguration fêtée en présence du Premier ministre et de la ministre de la culture et de la communication.

- Inauguration à l’occasion de la réouverture du Musée Picasso, après bien des drames, bien des épisodes, d’un grand musée monographique à Paris, autour d’un artiste majeur de l’histoire de l’art. Cette réouverture s’est faite naturellement sous le haut Patronage du Président de la République.

- Inauguration de l’exposition de McCarthy, précisément, à la Monnaie de Paris qui en cette occasion, célèbre la réouverture de son musée et affirme son ambition dans le champ de l’art contemporain.

- Enfin, last but not least, l’anniversaire des trente ans de la fondation Cartier, comme un clin d’œil à la naissance de la fondation Louis Vuitton, dans un rapport de cordialité relatif, mais cela importe peu.

Tous ces événements, en presque huit jours, donnent à Paris un rayonnement culturel et artistique dont tout le monde s’enorgueillit, et dont les artistes sont le centre. Les artistes dérangent par nature. Ils portent un regard sur notre société, sur notre époque, en usant des formes et des modes qui leur sont propres et qui provoquent, chez le spectateur, la réflexion, l’admiration, la compréhension, l’indignation, le rire…. Toutes ces choses essentielles qui nous aident à vivre notre temps. La très belle exposition en cours au Grand Palais autour de Niki de Saint Phalle rappelle ainsi le sens de l’art, son utilité sociale, son message politique.

Et on dégonfle une sculpture éphémère presque sans s’en émouvoir ? Et l’on n’organise pas la riposte à ses ligues de vertu issues de la manif pour tous et autres ultra conservateurs qui sont en train d’envahir la pensée politique !

Qu’on me comprenne bien : j’ai lu les communiqués des uns et des autres, condamnant fermement et sans ambiguïté, l’acte délinquant des ces chatouilleux de la moral. J’ai entendu les propos de Jack Lang et de quelques autres, mais dans le contexte de la semaine dans laquelle on se trouvait, où l’art était fêté partout, où le champagne coulait à flot pour saluer les artistes, il y aurait eu noblesse à imaginer une riposte plus forte, plus organisée, pour marquer les esprits sur la gravité de ce geste imbécile. C’est à ces absences là que l’on observe une société qui glisse tout doucement, sans s’en rendre véritablement compte, vers les dangers d’une droitisation qui remet en cause jusqu’au fondement de la liberté de création et d’expression. Qu’il me soit permis de m’en inquiéter.

 

 

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