Grand écran : des chiffres qui parlent français !

Pagode-salle-2gL’évolution du public des salles de cinéma mérite un « arrêt sur image ». Car si le cinéma demeure la première sortie culturelle des français, la dernière étude du Centre National de la Cinématographie et de l’image animée, parue en juillet 2012, donne des indications nombreuses et subtiles sur le sujet, assez loin des déclarations très politiques de certaines fédérations professionnelles.

La limite de cette étude, à la date où nous sommes en janvier 2014, est d’arrêter son analyse à 2011, période à partir de laquelle on observe une certaine inversion des courbes de fréquentation dans les salles de cinéma. Des effets structurels sont peut-être en train de se produire que l’étude ne permet pas à ce stade  de dessiner. Quels enseignements retenir de ces données  chiffrées ?

-          Près de 40 millions de français sont allés au moins une fois au cinéma en 2011 ; c’est le niveau de fréquentation le plus élevé observé depuis au moins 1993…c’est un chiffre considérable.

-          Les moins de 25 ans restent la tranche d’âge la plus consommatrice de cinéma. Mieux, 80 % des 11 – 24 ans sont allés au moins une fois au cinéma par an entre 1993 et 2011.

-          Dans le même temps, les séniors vont de plus en plus souvent au cinéma : en 2011, et pour la première fois, la part des séniors dans le public est supérieure à celle des jeunes de moins de 25 ans.

-          Enfin, on observe en 2011 une fréquentation inégalée dans l’histoire du cinéma : 216 millions d’entrées.

Ces données brutes, et spectaculaires, doivent être complétées par quelques données plus  comparatives :

-          entre 1993 et 2011, + 36 % de spectateurs : cette augmentation est significative car elle n’est pas liée au seul fait de l’augmentation démographique. Il s’est donc passé quelque chose qui a fait venir le public au cinéma. Les films ? Evidemment. Le confort moderne des salles ? Certainement.  Les cartes d’abonnement ? Sans doute aussi.

-          De tous temps, sur toute la longueur de l’étude, les femmes vont davantage au cinéma que les hommes (en 2011, elles représentent 54 % des entrées).

-          Enfin, démographiquement, les moins de 25 ans représentent une part de plus en plus faible de la population française. Pourtant, les jeunes entre 6 et 10 ans ont connu une évolution de leur fréquentation en salle sur la période 1993-2011 de + 40.3 % tandis que le taux pour  les 11 – 14 ans a cru de 45.1 %. Intéressant de lire ces chiffres en cette période de réduction tarifaire annoncée pour les moins de 14 ans.

-          Mais, comme toute la population a progressé dans sa fréquentation au cinéma dans la même période, le taux de fréquentation des jeunes de moins de 25 ans est logiquement passé de 43.9 % à 31.3 % en 2011.

Ces quelques chiffres ont besoin d’être connus. Ils contredisent pour beaucoup les données évoquées ici ou là pour justifier telle ou telle mesure tarifaire.

J’en tire deux ou trois choses : La baisse du taux de fréquentation des jeunes de moins de 25 ans est d’abord le fruit d’une évolution démographique, d’une part, et la conséquence d’un accroissement de la fréquentation du cinéma par toutes les catégories d’âge, d’autre part. En revanche, les femmes fréquentent davantage les salles obscures que les hommes, ce qui constitue  une donnée majeure et constante, par ailleurs largement confirmée par d’autres études plus fines et subtiles, notamment sur l’art et l’essai (ce sont donc les hommes qu’il faut attirer dans les salles, et non les moins de 14 ans…)  Enfin, si ces évolutions structurelles sont nettes et massives, rien ne permet de dire que le tarif pratiqué est le seule élément explicatif de cette attractivité du cinéma, ce qui amènerait à relativiser le discours récurrent sur le caractère discriminant du coût d’une sortie culturelle, qui plus est, pour le cinéma, qui reste la sortie culturelle la moins chère.

Enfin, seule évidence lisible,  le cinéma ne souffre d’aucune inaccessibilité symbolique à l’inverse de tout le spectacle vivant ou de l’art contemporain. Bref, le cinéma est véritablement populaire, il concerne tout le monde et a réussi l’objectif démocratique que les politiques culturelles s’obligent à atteindre. Il faut cependant ne pas perdre de vue que la sélection du film vu, dans le cadre de la sortie culturelle du cinéma, reste elle discriminée par les facteurs sociaux et économiques largement connus.

Je trouve intéressant de ne pas se contenter des fausses évidences. Cela permet d’être plus intelligent. Modestement.

 

 

 

 

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