France Télévision : les exigences du service public.

La démission de Michel Field de la direction de l’information de France Télévision a fait couler beaucoup d’encre car elle intervient après des mois de polémiques dont l’ex directeur a été pour l’essentiel l’instigateur : maladresses, provocations ? Peu importe à dire vrai, le résultat est le même, l’arbre cache la forêt.
Car au fond, personne ne parle des vrais sujets qui fâchent :

1°) Pourquoi les journaux d’information de France télévision sont-ils aussi nuls ? Peu importe la tête du présentateur (le départ de celui qui occupe l’antenne depuis plus de 15 ans ne fait pour moi l’objet d’aucun intérêt particulier), ce qui qui sidère l’observateur de bonne foi, c’est la vacuité des sujets, l’absence de sérieuse hiérarchisation, et la répétition de thèmes saisonniers qui n’informent strictement personne de rien : la pluie, le vent, les bouchons, la neige, les vacances etc… Pour s’en convaincre, il suffit de comparer sérieusement la presse radio et la presse télé de service public. Les différences sont spectaculaires entre les deux secteurs de l’audiovisuel public, pour ne comparer que ce qui est comparable.

2°) Pourquoi les magazines dits d’information sont-ils aussi navrants et manipulatoires ? « L’émission politique » transforme la télé en un ring, où il faut du suspens, du duel, du comique… et où on mélange trois sauces pour n’en faire qu’une : cela donne une émission indigeste, malhonnête, truquée ; Fillon avait eu diablement raison de condamner la présence d’un pseudo « comique » pour conclure une émission sérieuse, notamment en période d’élections présidentielles. Faut-il considérer « Cash investigation » comme le summum de la presse libre, où tous les coups sont permis, et où le but à atteindre transcende les moyens d’y parvenir ? Il est vrai qu’au moment où j’écris ces lignes critiques sur France télévision (France 2 en l’espèce), France Culture vient d’envoyer une lettre déplaisante à Philippe Meyer pour annoncer l’arrêt définitif de l’émission « l’esprit public » à la saison prochaine. Nul n’est évidemment titulaire de son temps de faisceau hertzien, mais supprimer le meilleur du service public, chagrine les esprits qui espèrent du service public qu’il soit l’espace effectif de l’émancipation citoyenne.

Il ne peut y avoir d’un côté la revendication de l’exigence d’indépendance et de qualité – modèle France info (télé radio web), et donc l’antienne du « service public » – et de l’autre le constat navré et quotidien que l’audience de masse des télévisions généralistes produit de l’information de caniveau.

Il est vrai que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a donné l’an dernier, dans son rapport annuel d’exécution, quitus au groupe de la télévision de service public, pour la qualité de son travail d’information. En matière de modernisation de l’offre d’information, le Conseil estime en effet que France TV a rempli les objectifs de renforcer la place de l’information. C’est essentiellement en raison du travail engagé pour créer FranceInfo TV que ce satisfecit est donné, sans qu’une analyse plus détaillée du contenu de l’information ne soit développé. Cela chagrine tout de même un brin.

Le départ de Michel Field – et la crise qu’elle révèle – pourrait être l’occasion de laver le linge sale en famille et de sortir des corporatismes indignés pour porter l’exigence à sa phase concrète. Le service public de la radio fait honneur, et la diversité des programmes n’a jamais nui à l’objectif de toucher une diversité des publics et d’assurer dans le même temps, des missions de divertissement, de culture et d’information. Une seule question se pose : pourquoi la télévision n’est-elle pas capable de faire ce que la radio réussit à la perfection ? Les deux supports sont dans des champs concurrentiels exacerbés, tout en ayant des coûts évidemment très différenciés. Il n’en demeure pas moins que l’exigence de qualité reste un objectif à atteindre pour France Télévision, essentiellement dans le domaine de l’information.

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