Les états généreux de la culture – fin.

Le magazine Télérama a pris l’initiative, courant 2016, de lancer « les états généreux de la culture » avec l’idée d’observer ce qui se passe de mieux dans notre pays en matière de culture (façon efficace de lutter contre le déclinisme ambiant), et d’interroger les candidats à l’élection présidentielle à partir de ce travail. Démarche louable s’il en est. La synthèse de ce travail a été remise à la ministre de la culture et de la communication, Audrey Azoulay, la semaine dernière.

Il y a dans la démarche engagée une volonté utile de remettre la « culture » sur le devant de la scène politique, et ce n’est pas moi qui critiquerai une telle initiative. Le document publié en revanche, laisse sur sa faim le lecteur attentif, en donnant le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes sans apporter des idées nouvelles qui aideraient à la mutation qu’il faut inventer en faveur des politiques culturelles. La synthèse balaie les grands sujets des politiques publiques de la culture – l’artiste / les publics / l’argent / la création / la démocratisation / l’éducation / le multiculturalisme / le numérique / le faire-ensemble / la politique – mais ne sollicite que peu les propositions de sens, celles qui redéfinissent le cap sans se noyer dans le détail des choses.

Symbolique est la construction du document en commençant par les artistes, sans lesquels, certes, il n’y aurait pas d’art ; mais de même, les politiques publiques ont d’abord l’objectif des publics, qui devrait largement primer. Remisé en deuxième position, ce qui n’est pas déshonorant en soi, les états généreux de la culture n’ont accouché de rien de sérieux ni de concret sur cette question, révélant une fois encore l’enfermement et l’entre soi qui mine tous les opérateurs culturels, même ceux qui ont la meilleure volonté du monde. Il n’est d’ailleurs pas facile de s’extraire de cette réalité, et nous en sommes tous conscients. Le débat « culture savante » / « culture populaire » est éculé, et il ne suffit pas que l’art fasse miroir pour que les spectateurs aient une motivation à venir voir ce qui parle d’eux. Or la question des publics, c’est-à-dire des citoyens qui ne sont pas spectateurs, reste l’enjeu le plus existentiel de la légitimité de l’intervention publique. Elle méritait meilleure traitement.

L’art d’enfiler des perles n’est pas nécessairement injustifié si le document vise un large public : créer moins pour diffuser plus, pourquoi pas ? Mixer davantage argent public et argent privé, assurément, mais ce n’est pas si simple ! La création, c’est mieux quand elle est partagée, certes ! La démocratisation est encore perfectible, personne ne dit le contraire ! Pourquoi la télévision n’investit-elle pas davantage la question des créations ? Juste interrogation toujours évitée et pourtant si importante que contourne allègrement les acteurs publics… Quant au sujet de l’éducation, s’il fait consensus sur le papier, il est complexe à mettre en musique…. Le multiculturalisme est approché sous l’angle exclusif de la diversité des profils d’acteurs sur les plateaux, peut-être est-ce un peu juste… Et la question du numérique valorise l’exemple du projet le plus plaqué qu’il soit en France, celui de la Micro Folie de Didier Fusillier à Sevran, oubliant que dans un territoire suréquipé culturellement, il eut été plus intelligent – et assurément moins gaspilleur d’argent public – de s’attaquer à la mobilité des publics. Un sentiment de déception pointe jusqu’à la page 43 du document.

Mais la conclusion « politique » est en revanche intéressante. C’est elle qui interpelle les candidats à l’élection présidentielle : après un quinquennat assez désastreux pour la politique culturelle et où se sont succédées trois ministres de la culture, il n’est pas inintéressant de faire le portrait-robot du prochain candidat à la rue de Valois : « Nommer au ministère (…) une personnalité qui entretienne avec le Président de la République des rapports privilégiés lui permettant d’échapper aux oukases de Bercy. Choisir quelqu’un qui ait avec l’art un rapport authentique. L’installer à la barre pour la durée du quinquennat. »(…) Et de proposer le plus important qui soit en termes d’actions : un « lifting ajusté de la décentralisation (…) car les villes, les métropoles, les régions (ils ont oublié les départements !!!) apparaissent mieux placées pour innover en matière de création et de démocratisation. » La question du périmètre du ministère est ainsi posée et je trouve intéressant de débattre de la fusion ou de la solidarité à inventer entre ministère de la culture et ministère de l’éducation nationale. Je suis en revanche certain que l’intégration de l’action culturelle internationale au sein du MCC devrait s’imposer. Un candidat qui l’annoncerait engagerait quelque chose de profondément nouveau pour le rayonnement de notre culture dans le monde.

Attendons maintenant de lire les réponses des candidats, attendues courant mars, et publiées évidemment dans …. Télérama, puis commentées sur ce blog !

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