Elections européennes = danger

Les élections municipales ont démontré une chose cruelle. Le débat démocratique dans la confrontation politique n’a jamais porté sur le contenu des politiques publiques de la culture. Les enjeux se sont orientés sur des sujets sans doute très importants, logement, petite enfance, transport, sécurité, économie….mais de culture, point, ou presque point !  La vague bleue est passée par  là, et, alors que personne n’en a parlé auparavant,  les nouveaux élus  s’attaquent de plein fouet à remettre en cause les politiques culturelles, à baisser brutalement des subventions sans prendre le temps du dialogue partenarial, bref, à traiter la culture avec une forme de mépris brutal et avec la certitude d’avoir raison et de pouvoir faire d’utiles économies.

La campagne sur les élections européennes démarre tout juste et sera très bientôt terminée. L’abstention s’annonce méchamment. Les listes foisonnent, plus de 30 sont annoncées en Ile de France, et de quoi parle-t-on ? D’une bataille curieuse entre europhiles  d’un côté, et eurosceptiques de l’autre, sans qu’on sache exactement ce que recouvre cette opposition. On a bien compris que l’extrême droite compte faire de cette élection un tremplin et profiter de l’impopularité de la gauche au pouvoir et du désamour de l’UMP dans l’opposition. Loin d’être dans une confrontation où les arguments s’échangent, le débat porte des postures et il est en effet difficile d’attirer le citoyen à comprendre et à se passionner pour les enjeux.

Les sujets culturels sont ainsi aux antipodes du débat. C’est pourtant un domaine où concrètement, l’Europe est une réalité. Les artistes circulent. Les créations se diffusent plus volontiers aujourd’hui qu’hier dans les institutions culturelles, et les citoyens ont l’occasion de pouvoir rencontrer des œuvres issues de l’union Européenne et de recevoir ainsi des messages qui dépassent le cadre culturel de notre propre pays.

Ce mouvement est né il y a une vingtaine d’année ; de grandes scènes nationales ont joué l’ouverture internationale et européenne, des festivals se sont engagés tant sur les enjeux de frontières géographiques que sur ceux liés aux esthétiques artistiques, et plus récemment, le festival d’Avignon dans sa dernière décennie, a symbolisé cet ancrage culturel très au-delà de nos frontières hexagonales. Ce mouvement historique a enrichi la diffusion qui est aujourd’hui très partagée par un nombre significatif de scènes nationales et de centres dramatiques nationaux. Ce qui a fait l’originalité des découvreurs a nourri les artistes et les administrateurs plus jeunes, aujourd’hui à la tête de ces institutions culturelles. C’est une grande victoire qui mériterait d’être racontée. Car elle est connue des professionnels et des spectateurs avisés. Les jeunes publics sont aussi souvent au cœur de ces démarches de diffusion de spectacles en provenance d’ailleurs, montrant, contre tous les préjugés, que le sur-titrage au théâtre et que l’ouverture des frontières culturelles génèrent une vraie curiosité des publics moins initiés à la fréquentation des œuvres, à condition d’être accompagnés et préparés. Preuve que ce travail est utile, qu’il casse les codes, ouvre à la compréhension de notre monde, et participe effectivement à une autonomie de la pensée.

Cette réalité s’est construite d’abord grâce à des artistes et à des diffuseurs, curieux, ouverts, et largement soutenus par les institutions culturelles nationales, le ministère de la culture et les collectivités territoriales. Souvent, il faut le reconnaître à regret, les dispositifs européens de soutien à la culture apparaissent épouvantablement complexes, contraignants, et peu adaptés aux réalités d’un monde qui s’administre souvent avec talent, qui sait s’inscrire dans des démarches de politiques publiques, mais qui rechigne à une lourdeur technocratique et administrative, dont les délais sont par ailleurs peu en phase avec ceux de la création et de ses financements.

Cet enjeu, personne n’en parle.

Personne ne parle davantage du fait que nous pourrions construire, dans l’espace européen, une politique volontariste d’exportation des spectacles vivants produits par nos réseaux de production et de création nationaux, qui ne rencontrent la diffusion européenne que grâce aux réseaux interpersonnels. Car l’Europe, c’est de l’aller-retour. Il est heureux et formidablement pertinent d’accueillir, voir de co-produire des spectacles issus des signatures artistiques européennes. L’inverse doit être également recherché. Nul ne semble véritablement y songer.

Nous pourrions également symboliser le plus d’Europe par des nominations audacieuses dans nos institutions culturelles, et notamment dans nos scènes nationales qui pourraient s’ouvrir à des candidatures hors de non frontières. Ce serait une belle avancée pour renforcer ce mouvement historique.

Il faut donc être vigilant. Car si la menace extrême profite de l’abstention que l’on annonce, ce mouvement construit par la volonté des acteurs, loin de pouvoir se renforcer, risque d’être brutalement mis à mal par la peur des acteurs locaux, par les populismes à l’œuvre dans les territoires. On n’en aura pas parlé avant, et on paiera la douloureuse après. La culture a besoin de l’Europe,  et  l’Europe peut tirer un bénéfice majeur de la culture, car elle passe par les gens, par les citoyens, par les jeunes, par les étudiants. Ne serait-il pas utile d’en parler un petit peu avant ?

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