Einstein on the beach.

Je ne parle pas dans ce blog de spectacles en particulier. Je n’ai pas voulu faire de cet espace de pensée le lieu d’une expression seulement critique sur le spectacle d’une façon générale.

Mais il y a des moments rares où il est utile de revenir à  l’essentiel, c’est à dire ce qui fonde le moteur de l’engagement culturel : le plaisir, tout simplement.  Il y a trente ans que j’écoute l’opéra de Philip Glass, « Einstein on the beach », il y a trente ans que je rêve de voir ce spectacle rarement présenté en France, il y a trente ans que j’ai deux ou trois images en tête, grâce au livret accompagnant le CD. Il y a trente ans  que j’y pense… et j’y étais hier !

Trente ans de rêve, le risque de la déception est grand. Alors quand on découvre, près de trente ans plus tard, la mise en scène de Bob Wilson reprise par Bob Wilson lui-même, il y a un moment de bonheur inouï.

J’ai découvert un spectacle incroyablement moderne en 2014 ; comment alors imaginer  son accueil il y a plus de trente ans ? J’ai joui des voix qui sont le cœur musical de l’opéra, absolument sublimes, pénétrantes et envoûtantes.  J’ai été transporté par des chorégraphies portées par une musique folle, j’ai été sidéré de la puissance des images, j’ai été exalté par un violon solo virtuose. La forme de ce spectacle, à l’écriture incroyablement inventive, constitue un moment rare de la vie de spectateur.

Cet opéra est « un flux onirique, maelstrom d’images, de gestes, de verbe et de sons (…) c’est un poème qui convoque l’aura d’Albert Einstein plus que sa réalité physique. » On se plonge en effet dans cette ambiance comme dans un bain, et on regarde, on écarquille les yeux et les oreilles,  et le temps passe et c’est déjà fini.

J’ai  aussi été frappé par la concentration du public. La durée du spectacle – loin de l’épreuve des spectacles étirés et ennuyeux  dont on mesure le temps à mesure de la souffrance physique ressenti par l’impression d’un temps qui ne coule plus – constitue sans doute, comme souvent à l’opéra d’ailleurs, le cœur du partage d’une salle.  L’explosion finale est la hauteur de l’attention du spectateur. Le  besoin de bouger, de hurler sa joie, de s’exprimer, plus de quatre heures plus tard, est la récompense que le public peut enfin manifester à l’égard de tous ceux qui ont contribué à un tel chef d’œuvre. Merci, donc. Et Bravo ! Bravissimo !

Je reverrai volontiers dans 30 ans cet opéra de Philip Glass… pour voir !

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