Combien de kilomètres ?

« La culture vaut bien 435 kilomètres d’autoroute »… nous dit Clarisse Fabre, dans un sympathique billet publié par le monde de 16 novembre 2013, et qui vaut que l’on s’y arrête un instant.

Andre-MalrauxJe ne connaissais pas cette image saisissante employée par André Malraux, défendant son budget devant les députés en 1966, et leur demandant  de financer « exactement 25 kms d’autoroute », ce qui représentait alors le montant du budget du ministère de la culture. Près de 50 ans plus tard, le rapporteur du budget de la culture à l’Assemblée nationale a exhumé cette référence kilométrique, et, l’actualisant, l’a portée à 435 kilomètres. Clarisse Fabre rend ainsi compte utilement d’un débat parlementaire dont personne ne parle ni ne rend compte (combien de députés en séance ?), rappelle ainsi le  caractère microcosmique du budget de la culture dans l’océan des déficits, et signale utilement pour sortir de l’ignorance,  que la sanctuarisation du budget de la culture annoncée pendant la dernière campagne électorale présidentielle connaît son deuxième renoncement successif….  Et que, ce faisant, c’est l’économie d’un secteur pourtant largement producteur de richesses qui est ainsi affaibli.

Je ne fais pas partie des thuriféraires qui ne jugent une politique culturelle qu’à l’échelle du budget de l’Etat,  d’abord parce que l’essentiel des politiques culturelles est financée  à l’échelle locale, même si  on sait que le symbole de la baisse budgétaire de l’Etat a tendance et déculpabiliser les grands élus  dans les décisions relevant de leurs responsabilités. Ensuite, parce qu’avant d’augmenter les budgets, il y a moyen de mieux dépenser, et c’est tout de même un peu ce qui a été fait. Cette question vaut pour l’échelle locale qui aurait largement les moyens de redéployer des crédits mal  utilisés.   Enfin, un budget ne suffit jamais à donner un sens, et c’est peut-être cela qu’il faut d’urgence incarner aujourd’hui.

Pourtant, les chiffres inquiètent  les professionnels à juste titre, car la stabilité budgétaire des dix dernières années (parfois en trompe l’œil), ajoutée aux baisses qui s’annoncent en plus de celles générées à l’échelle locale en raison des réformes fiscales applicables aux collectivités locales depuis 2010, atteint un seuil effectif d’alerte. La France rayonne sûrement davantage grâce à ses créations artistiques qu’à ses kilomètres d’autoroutes, par ailleurs fort coûteuses d’accès, quand l’offre culturelle publique reste très accessible financièrement. Toutes choses étant égales par ailleurs…

Je découvre ainsi que le kilomètre d’autoroute coûte aujourd’hui 6,2 millions d’euros et que je ne pèse donc, là où je suis, qu’à peine trois kilomètres…. Cela rend modeste !

Comparaison n’est pas raison, mais tout de même.

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