Cinéma (3/3) : La place à 4 € pour les moins de 14 ans : et alors ?

Le coup politique est réel : la Fédération Nationale du Cinéma Français a pris un engagement et veut tordre le bras à l’engagement honteux car non tenu, du secteur de la restauration, quand il obtînt sa fameuse baisse de TVA qui devait générer des baisses de prix et des milliers d’emplois créés. Personne n’a rien vu venir. Le cinéma français, de façon spectaculaire, montre en agissant ainsi, qu’il y a des secteurs qui se préoccupent de trouver des réelles contreparties politiques à une mesure de baisse de TVA.

Mais, derrière cette annonce puissante, se lit sans ambiguïté la domination de la grande distribution cinématographique : le tarif unique pour les moins de 14 ans à 4 € applicable dans toutes les salles de cinéma l’est surtout par les grands groupes de distribution et ne tient donc nul compte de la diversité de l’exploitation cinématographique. Car, qui peut compenser la baisse de fréquentation dans les salles de cinéma depuis 24 mois par une baisse des tarifs ?

 

Les offres tarifaires attractives, notamment pour les jeunes, mais pas exclusivement, sont

nombreuses. Les tarifs pratiqués sont déjà relativement bas. Si les opérations spectaculaires – telle que la fête du cinéma – ont un impact public important, c’est essentiellement lié à son caractère événementiel, c’est-à-dire limité dans le temps. Le fait d’annoncer une mesure définitive, intemporelle, et universelle ne tient évidemment pas compte du fait que cette mesure peut fragiliser davantage certaines salles au profit d’autres.

Enfin, cette mesure laisse à croire que la question des publics est d’abord une question tarifaire : cela est loin d’être démontré, et beaucoup de faits plaident en sens inverse. La gratuité du 1er dimanche de chaque mois dans les musées nationaux a contribué à une diversification des publics tandis que la gratuité permanente des musées parisiens n’a provoqué aucun changement dans le profil du public. De l’intérêt de l’événementiel face au permanent dans les politiques tarifaires….

Bref, la crise de fréquentation n’est sans doute pas d’abord une question tarifaire. La seule mesure tarifaire compensant la baisse de la TVA fait un peu penser à un marché de dupes. Il faudra l’évaluer. Car, toutes choses étant égales par ailleurs, selon la formule consacrée, le cinéma reste la sortie culturelle la moins chère et la plus régulière. Rien ne démontre que la baisse supplémentaire générera durablement et structurellement un flux de public supplémentaire hormis le public jeune, socialement cultivé, dont les parents riches apprécieront la baisse sans qu’elle n’impacte quoi que ce soit sur leur train de vie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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