Chronique avignonnaise

Je suis arrivé un jour de grève. J’arrive au moment où la manifestation se déploie dans la ville. Les slogans anti MEDEF fusent. Le Gouvernement s’en prend aussi quelques uns. Mais la grève ne se ressent vraiment que le soir, quand la ville est morte, quand l’esprit festivalier disparaît au profit d’une ville endormie dès 23 heures. Le In est solidaire et le bar éponyme est fermé. Rien ne fonctionne. Les théâtres du off ont aussi pour beaucoup descendu leur rideau. Grande ballade nocturne dans une ville quasi déserte. La grève s’est cela : un Avignon hors saison. Et les gens en terrasse parlent de foot !

Je suis solidaire des artistes mais je ne crois pas que « ne pas jouer » soit la bonne réponse : je crois le contraire ; il faut jouer, s’adresser à un public qui a envie avec gourmandise – c’est l’esprit du festival ! – de se confronter aux œuvres, et qui est aussi désireux de comprendre les enjeux qu’il ne maîtrise pas bien. Les spectateurs aiment dialoguer avec les artistes et ne demandent qu’à comprendre. Pourquoi punir ces gens amoureux d’art et de culture plutôt que les mobiliser en faveur des artistes ? Pourquoi ne pas inventer des formes nouvelles de contestation ? Pourquoi ne pas impacter d’autres gens que les spectateurs ? Occuper les péages et s’adresser aux vacanciers aurait peut-être un impact plus efficace sur le Gouvernement que s’en prendre à l’équilibre économique des festivals ! Le déficit des sociétés d’autoroute me semble moins en danger que celui des festivals, pour tout dire….

On attend des artistes qu’ils soient créatifs et qu’ils contribuent à réinventer les formes de la contestation sociale plutôt que de rester sur des moyens mal adaptés avec la nature de la revendication et qui risquent, in fine, d’être contreproductifs : l’économie des festivals est fragile, les finances des collectivités locales – qui les subventionnent largement – sont en grave difficulté, à fortiori au moment où l’Etat annonce une nouvelle ponction de 11 milliards d’Euros sur leurs dotations : les déficits générés par les grèves produiront des coupes dans les budgets artistiques des années à venir, c’est-à-dire moins d’emploi artistique. Triste conséquence. Quasi inévitable.

Des séances supplémentaires gratuites ? Un spectacle dans la rue hors scène ? Des actions sur le tour de France ? Des initiatives fortes où l’on appelle le public à un soutien visible, dans la cour d’honneur, et dans les salles qui rassemblent chaque jour des milliers de passionnés ? 1800 personnes prêtes à se faire entendre dans la Cour d’Honneur, pourquoi ne pas en profiter ?…. Donner à voir le soutien de ceux qui aiment l’art et la culture, voilà ce qu’il faut faire. Il faut inventer. Il faut convaincre que l’art et la culture sont vitaux à notre pays en crise durable. S’en prendre à notre moral, est la pire des façons d’organiser une lutte.

Hier, dans une ville d’Avignon quasi déserte, c’était un sale coup pour le moral.

 

 

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