Chronique avignonnaise (3)

AVIGNON-B-2014Nous avons besoin de la présence des hommes et des femmes politiques au milieu des spectateurs. Nous avons besoin de les rencontrer dans cette fosse citoyenne où l’humeur du peuple s’entend dans le silence des œuvres qui se présentent à nous. Nous avons besoin de les sentir ainsi plongés dans l’univers de l’art et de la culture, et de les voir partager avec nous les messages des créateurs.  Nous avons besoin de les sentir au milieu de cette fragilité qui fait la force de l’art vivant et de comprendre l’émotion partagée par une salle heureuse. Les élus de la Nation, quelles que soient leurs mandats, sont chez eux quand ils viennent au théâtre, au cinéma, à l’opéra, au concert, au musée, comme tout un chacun, mais un peu plus malgré tout, parce qu’ils nous représentent et que ce faisant, il est important qu’ils assistent à ce que l’art produit dans notre société contemporaine.

Nous avons d’ailleurs raison de nous plaindre, et parfois de critiquer avec virulence, leur absence chronique de ces lieux de culture, de savoir, et d’émotion que sont les institutions culturelles, où qu’elles soient et quoiqu’elles fassent. Car leur absence symbolise souvent une forme d’incompréhension, à coup sûr d’éloignement, de ces lieux majeurs à l’indépendance de la pensée, et à l’autonomie du jugement. Nous nous sommes indignés, lors du précédent quinquennat, de l’invisibilité de l’ancien président de la République dans les manifestations culturelles nationales et nous avions raison de le faire.

La menace proférée par quelques représentants autoproclamés des intermittents, de saborder tout spectacle auquel un ministre assisterait constitue la faute la plus lourde commise par celles et ceux qui prétendent incarner une parole légitime. Les Ministres sont chez eux au spectacle. Le gouvernement est à sa place au milieu des spectateurs. Les élus sont chez eux dans les festivals. Un conflit sectoriel, fût-il de cette importance, ne peut aboutir à de telles extrémités sans mettre le fondement républicain en cause. Car c’est ensemble que la solution à un conflit s’élabore. Le dialogue est la condition de la démocratie. Cette injonction répressive aurait été proférée par d’autres, elle aurait suscité une indignation nationale. Il ne s’agit pas en disant cela, de défendre tel ou telle, mais au contraire d’affirmer un principe fondamental. L’intimidation, la menace, puis le mensonge ne sont pas des armes admissibles dans un conflit social.

J’observe, avec une infinie tristesse, que cette menace a payé, puisque la ministre de la culture, présente à peine 48 h à Avignon, n’est allée voir aucun spectacle. Un comble dans l’histoire du festival… Sans doute du jamais vu ! Le calcul a été vite fait : Eviter toute image fragilisant une ministre fragile. Sans doute le directeur du Festival a-t-il jugé prudent d’éviter toute annulation supplémentaire qui agace le public encore nombreux à voir les spectacles et à soutenir les artistes, dans un contexte morose pour cette année de transition. Et on peut le comprendre. On comprend moins que la ministre ait cédé à cette intimidation. Car il était à parier que le public, dans ce cas là, aurait été à ses côtés. Les spectateurs sont des gens avisés qui n’aiment rien moins que la liberté de pensée, d’aller et de venir. Ils n’auraient pas toléré cette interdiction scandaleuse. Ils ne comprennent pas davantage qu’elle n’ait pas pris le risque de cette confrontation qui était à son avantage.

Cette faute politique m’est apparue avec évidence en assistant à la magnifique représentation, très politique, de « la imaginacion del futuro ». Cette pièce chilienne, mise en scène par Marco Layera, aurait mérité d’être entendue d’Aurélie Filippeti. Elle aurait été à sa place au milieu du public plutôt que dans le bunker de la préfecture. Car l’imagination de l’avenir, que des générations d’artistes incarnent chaque jour ici, aurait mérité d’être partagée par celles et ceux à qui l’on a donné les clés de notre avenir jusqu’en 2017. Et il nous semble qu’ils manquent singulièrement d’imagination….

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