Chronique avignonnaise (2)

Force est de constater que les artistes savent s’emparer de la contestation pour faire passer leur message. Et que la grève n’est donc pas l’alpha et l’oméga de l’action politique dans le champ culturel et artistique, bien au contraire.

Dans la Cour d’honneur, magnifique mouvement de tous les comédiens et techniciens qui envahissent la scène à l’instant du noir et déclament les motifs de leur mouvement, devant un parterre de 1800 spectateurs qui expriment un soutien net : sur le mur de pierres du fond de scène, une adresse est projetée : « à Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Ministre du travail, de l’emploi et du dialogue social, Madame la Ministre de la culture, aux partenaires sociaux signataires de l’accord du 22 mars 2014 ». La parole est écrite, les uns et les autres s’expriment successivement, avec une emphase certaine, des expressions sont parfois radicales, rejetant les espaces de dialogue pourtant ouverts, tandis que d’autres expriment la préoccupation d’un secteur entier sans fermer la porte. L’image est forte. Le public soutient.

A la FrabricA, Olivier Py offre la même mise en scène de départ : techniciens et comédiens envahissent le plateau. Le carré rouge épinglé à leur costume de scène. Ils écoutent, concentrés, un texte qui est lu en voix off. Un texte historique dont la résonnance à l’intelligence ne fait nul doute. Le texte est puissant. On devine… Il s’agit d’un discours devant la Chambre, un discours long, qui parle de culture, d’intelligence, d’instruction…. Un discours qui lutte contre les coupes budgétaires envisagées à l’encontre des arts, des sciences et de l’instruction. Déjà ! Ce texte puissant, glace par son actualité. Décidemment, Victor Hugo affirme une modernité évidente. Le public aurait aimé que le texte lui fût distribué tellement il est beau, actuel, terriblement actuel. L’image est forte. Le public soutient.

A la chapelle des Pénitents blancs, Matthieu Roy s’adresse aux jeunes spectateurs pour lesquels son spectacle est notamment conçu : sa création, qui mélange la vidéo et les acteurs présents sur le plateau, offre une opportunité d’une leçon pédagogique formidable. L’explication est simple. Lisible. Il en appelle, avec originalité, à ne pas laisser filer les choses au point que les regrets de la génération à venir ne soient définitivement consolidés. IL ne faudrait pas que l’on dise, plus tard, « dans le temps, c’était bien ». L’image est forte. Le public soutient.

Trois exemples frappants où la parole artistique sait inventer des formes d’expression qui mobilise le public en faveur d’un régime d’indemnisation chômage dont, spectacle après spectacle, le spectateur mesure mieux les enjeux. Cette parole est forte. Plus intelligente que la grève, car utile. Elle se propage. Elle élargit sa base. Elle se répand. Elle finira par modifier le rapport de force qui ne se construit que dans le dialogue et dans l’écoute, comme j’ai pu le constater à ces trois occasions.

 

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