Charlie Hebdo

Les symboles de la double attaque terroriste sont redoutables : la presse satyrique est la forme la plus affirmée – car provocatrice – de la liberté d’expression et de pensée ; la police représente l’Etat et la République, protectrice des libertés publiques et individuelles ; les juifs sont la cible, une fois de plus, encore une fois de trop, de haines exacerbées qui ne cessent de se répandre insidieusement partout dans le pays. Le vivre ensemble est ainsi mis en cause. La totalité de ce qui fait l’histoire de la République française est ainsi attaquée par des fous, par des illuminés, radicalisés par tout ce qui n’est pas leur propre croyance extrême.

Les trois jours que nous venons de vivre nous ont tous secoués, profondément ; lecteur ou non lecteur de Charlie Hebdo, les dessinateurs assassinés étaient connus de tous. Les autres victimes, policiers, otages, suscitent une tristesse infinie et une pensée profonde et sincère, éplorée, de tous les français. Le rassemblement de dimanche marque les esprits par l’immensité de la foule réunie à Paris et en province, et par la présence nombreuse, de chefs d’état et de Gouvernement. Magnifique moment d’unité et de recueillement.

Le Président de la République, le Premier ministre, le Ministre de l’intérieur, et l’ensemble du Gouvernement ont géré cette crise dramatique avec une sérénité admirable, évitant les risques d’une communication à tout va. La réponse policière a été impressionnante, et si des conclusions doivent être tirées devant la nature des événements, « ni loi d’émotion, ni loi d’exception » ne seront proposées au Parlement, pour reprendre la parole magnifique de Claude Bartolone, le Président de l’Assemblée nationale, montrant ainsi que la question n’est pas dans l’agitation mais dans le travail et l’organisation des professionnels de la police et de la justice. Cette rigueur dans la gestion politique de la crise doit être saluée à sa juste valeur, elle est considérable.

En allant à la Comédie Française, jeudi soir, au milieu de ce drame, voulant continuer de vivre normalement, avec l’espoir d’oublier le dehors, les comédiens du français, avant de faire leur métier, et d’interpréter le spectacle, se sont adressés aux spectateurs. Evidemment, pour parler des événements. Ils ont avec justesse indiqué que s’attaquer à des dessinateurs de presse, c’est viser l’acte de création, c’est mettre en cause la liberté de pensée, de réfléchir, de débattre, de dialoguer ; toutes choses qui sont au cœur du travail des artistes, qu’ils soient comédiens, plasticiens, dessinateurs, musiciens,… La gravité de ce propos, dans une enceinte artistique, s’est conclue par une longue et profonde minute de silence. La puissance de ce silence, la compassion absolue du public face à ce drame épouvantable, a donné à cet instant une solennité que je n’avais jamais ressentie jusqu’alors. Cette communication entre tous a rendu le début du spectacle difficile. Très difficile. Passer du dehors au dedans, du drame de l’actualité à la comédie du spectacle, aurait nécessité un sas supplémentaire, une respiration de quelques minutes, pour juste prendre le temps de se désembuer les yeux.

La force de notre pays est de ne pas céder. La rue l’a démontré mieux que quiconque en ce dimanche. Dans les heures qui ont suivi les assassinats de Charlie Hebdo, les dessinateurs du monde entier se sont déchaînés pour offrir le meilleur de l’ironie, de l’humour, de l’humour noir, de l’humour cochon, et montrer avec puissance que les crayons ne s’arrêteront pas de dessiner ! « Je suis Charlie » dit chacun ou chacune, dans un réflexe spontané. Je salue plus encore le courage de la BNF, d’avoir projeté sur sa façade un dessin de Wolinski, geste d’une symbolique formidable. Les assassins des artistes ont obtenu l’absolu contraire de ce qu’ils pouvaient chercher à obtenir. L’humour ne s’arrêtera pas et si ces illuminés s’interdisent de rire, ils ne nous empêcheront jamais de comprendre l’actualité en riant, en se moquant, avec ce décalage si nécessaire à la liberté de pensée. Cette originalité est française, très française, et elle résistera à l’attaque. Mercredi, le million d’exemplaires de Charlie Hebdo sera vendu, et les abonnements viendront en masse sauvant ainsi un journal essentiel à notre esprit démocratique.

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