Ceci n’est pas une critique.

christophe-honore,M89995Depuis six mois maintenant, je pense au spectacle de Christophe Honoré « Nouveau roman » vu au théâtre de la Coline à Paris, en décembre 2012. Six mois que je repense à ce spectacle hors norme, tant dans la forme théâtrale utilisée, que dans le jeu des acteurs et dans l’écriture elle-même, simplement admirable. J’ai jubilé dès la première seconde du spectacle qui commence par une démolition symbolique de Balzac, j’ai tremblé à l’évocation de deux mes auteurs majeurs, Duras et Pinget, j’ai admiré la beauté du geste théâtre, la scénographie hors norme. Ce spectacle me reste. Me hante. Il est en moi. Il a nourri mon année : j’ai relu Duras, j’ai découvert Robe-Grillet, j’attaque Claude Simon. Ce sentiment de vivre durablement avec un spectacle est rare, c’est qu’il y a quelque chose de fondateur dans le propos : se rendre compte à presque 50 ans que ma découverte de la littérature est passée par le nouveau roman, et que, 30 ans plus tard, ce nouveau roman reste puissant et bouleversant. Les années ont passé et la beauté de la langue de Duras me touche avec la même force. Pinget se découvre dans ce spectacle et m’apparaît autre. L’émotion est dans l’âge. Dans le temps qui s’écoule et qui n’ a pas changé une perception d’art. Dans le bonheur aussi de sentir mon compagnon plonger dans le même bonheur théâtral, lui qui ne connaissait pas encore les auteurs du nouveau roman, preuve que la forme ne nuit pas au propos, et que le théâtre reste d’abord du théâtre.

Six mois donc que je vis en pensant à Nouveau Roman.

Et puis hier, Marguerite et moi. Un petit spectacle, dans un petit théâtre pour une nouvelle grande émotion. Comme une impression de boucler la boucle et de retourner à Duras sans détour. Ce qui me frappe dans ce spectacle, précisément après avoir relu « la maladie de la mort », « moderato cantabile », « les yeux bleus cheveux noir », « un barrage contre le pacifique », « la vie matérielle », c’est que la langue orale de Marguerite Duras – le cœur de ce spectacle – est aussi proche que sa langue écrite. Je veux dire : sa langue écrite est faite pour être lue à haute voix ; quand on la lit, on l’entend. Sa langue orale est faite pour être lue. Quand on l’entend, on l’a lit. Cela est puissant.

Et après cette évidence éclatante, ce spectacle donne à revoir la personnalité d’une auteur que j’aimais comme ma grand-mère. Je retombe une nouvelle fois 30 ans plus tôt, j’entends les interviewes que j’écoutais, les articles que je lisais… je redécouvre la personnalité que j’admirais. Fatima ta Soualhia-Manet, comédienne que je suis depuis plusieurs années avec un intérêt vif, est ancrée sur scène. Actrice à la puissance phénoménale, elle investit un rôle qu’elle aime, aux antipodes de sa personnalité physique. Un admirable travail.

Si parfois nous marchons la tête en bas avec l’impression de perdre le sens de ce que l’on fait, ces spectacles là nous rappellent l’intérêt de notre métier, la force de la création, et cette façon de parler contemporain en évoquant le passé et sa belle puissance nostalgique.

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