Budget de la Culture : vers la croissance culturelle ?

L’État a enfin redonné le « la » en matière d’approche budgétaire et de politique culturelle. Même en période de crise, même dans des temps où l’argent public se fait rare, même dans des contextes financiers resserrés où chaque euro dépensé doit être un euro utile – ce que prétend bien être les euros dépensés pour la culture – les coupes budgétaires en matière culturelle ne sont ni efficaces d’un point de vue budgétaire, ni utiles dans la lutte contre les déficits, tant la part consacrée à la culture reste, en toutes circonstances, hélas, marginale. Ces coupes sont contre productives car elles détruisent durablement ce qui fait société, l’art de vivre ensemble, le besoin de partage et de compréhension du monde. Elles sont contre performantes car elles anéantissent des activités économiques essentielles à certaines villes, et les acteurs économiques sont les premiers à critiquer radicalement ce qui menace leurs activités. Manuel Valls a tenu des propos forts à ce sujet, condamnant sans tergiverser les choix des deux premières années du mandat de François Hollande, et des paroles aux actes, le budget du ministère de la culture et de la communication, pour 2016, connaît enfin une légère croissance positive.

Il ne fait pas de doute que les baisses de 2013 et 2014 ont contribué à accentuer un climat peu favorables à la culture dans notre pays : puisque l’État mettait en cause les budgets culturels, puisque la Gauche elle-même portait atteinte à ce domaine, le tabou de la culture a sauté et des élus, de droite comme de gauche, se sont engagés dans une stratégie de réduction de moyens souvent accompagnée d’une forme de populisme, notamment depuis les alternances politiques de mars 2014 aux élections municipales : pour coller à une demande supposée du public, certains maires s’en prennent à liberté la plus essentielle en matière culturelle, celle de programmer, qui ne peut jamais appartenir à un élu, sauf à vouloir rentrer dans ce qu’il y a de pire : l’art officiel, celui des dictateurs et des autocrates.

L’année 2016 semble donc une année charnière où le discours récurrent depuis 5 ans peut être inversé positivement, où la responsabilité du choix politique doit être plein et entier. L’affirmation en faveur du retour à la croissance culturelle peut être revendiquée comme une véritable posture de gauche, et faire sens dans une société où chacun peut mesurer les dangers du repli sur soi.

Le retour d’une société pudibonde ne peut pas être la nouvelle valeur de la République. Interdire des films ou en limiter l’accès au moins de 18 ans, comme pour le film de Gaspard Noé, ne peut pas être le projet d’une société ouverte à l’art et à l’interrogation de notre temps. La disparition de certains festivals d’envergure nationale, ne peut pas être l’horizon d’un jeu de dupes entre la droite et la gauche, je pense ici aux menaces qui pèsent sur le festival des arts de la rue de Chalons. La mort de multiples manifestations culturelles locales du seul fait de l’approche comptable ne peut pas être le discours politique d’une gauche prétendument responsable ; la responsabilité est au contraire de mesurer le caractère essentiel de l’art et de la culture dans une société qui doute de ses valeurs attaquées de tous côtés. L’envahissement de la religion par tous les bouts de la société, ne peut pas ne pas être combattue au titre d’une laïcité active, que l’art incarne mieux que quiconque. C’est le sens de notre projet commun qui est aujourd’hui posé devant nous.

Les élus qui prendront la responsabilité de couper à nouveau dans les budgets de la culture, plutôt qu’en supprimant un rond point, un cocktail, un logement de fonction bien inutile à l’intérêt général, ou encore un feu d’artifice, devront assumer le choix qu’ils font, et qu’ils ne pourront plus justifier exclusivement par le contexte de crise. Partout la culture navigue dans des taux d’intervention variant de 1 à 2 % des budgets des collectivités ; il faut admettre aujourd’hui que les difficultés des collectivités, après cinq années de vaches maigres, d’économies, et de suppressions de quelques projets qui n’en valaient pas toujours la peine, le point de non retour est atteint. Tout discours sur les baisses des budgets culturels est un acte de renoncement à l’idéal républicain, fondé exclusivement sur l’élévation de l’esprit, sur l’éducation de tous, et sur le partage de valeurs communes. Il n’est pas possible de se glorifier de l’éducation artistique et culturelle et simultanément porter le fer contre les budgets des créateurs qui sont les seuls à pouvoir s’adresser aux jeunes dans une approche sensible essentielle à la compréhension du monde.

On ne peut pas avoir dit « Je suis Charlie » et s’attaquer encore aux créateurs, car un dessinateur libre est un artiste engagé, comme le chorégraphe, le plasticien, l’acteur, le cinéaste, l’écrivain. Notre société a aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’un sursaut démocratique. Les artistes au cœur de notre société, peuvent en être des acteurs acharnés. Il est temps que les élus le comprennent et leur fassent confiance.

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