Bonne Année

Les vœux sont hélas souvent l’expression d’une hypocrisie généralisée. La bonne année n’a de sens que dans l’intimité, que dans la sincérité sublime d’une relation étroite, et dans ce cas ne se substitue pas au « bonjour » conventionnel  du quotidien.  Il faut aimer l’autre pour lui souhaiter le meilleur. Il faut l’estimer suffisamment pour lui adresser un global de « bonne année ». Il faut à tout le moins être dans une forme de complicité pour que les vœux aient un goût de sincérité.

 

Reprenons le dictionnaire : le vœu est une « promesse faite à une divinité », un « souhait  que s’accomplisse quelque chose ». Tout simplement. Avouez qu’on est loin du « bonne année » automatique débité à la caisse du supermarché…

 

Que peut-on souhaiter qui puisse s’accomplir pour la culture et l’art ? en 2014 ? sans tomber dans l’hypocrisie, sans se laisser entraîner dans la facilité du rêve lénifiant, sans être aussi dans le faux ?

 

 

Mon rapport à l’art et la culture est si intime, si quotidien, si permanent, que ne je suis pas dans l’expression d’un souhait personnel. Je trouverai toujours de quoi m’alimenter pour nourrir mes émotions, mon imaginaire, et susciter des enthousiasmes mémorables qui me donnent le sens de vivre, le plaisir de partager, le désir de comprendre et de réfléchir. Et le bonheur d’alimenter la mémoire des émotions. C’est donc pour d’autres que je peux formuler des souhaits, car je n’ai nul doute que la création artistique saura me toucher, je n’ai nulle appréhension sur le fait que les artistes d’aujourd’hui continuent à chercher et à trouver des voies et des moyens pour parler de notre temps avec des mots et des images décalées, subtiles, justes. Bref, à créer et rencontrer le public.

 

Je suis dans le même temps frappé de voir que les milieux professionnels de la culture s’engouffrent à démultiplier l’information récemment parue selon laquelle la culture contribue activement à la création de richesses économiques. « La culture contribue sept fois plus au PIB que l’industrie automobile » peut-on lire en Une d’un grand journal économique. Il y a évidemment dans cette information quelque chose qui tord le cou à de vieux préceptes hélas très répandus : la culture serait d’abord un coût avant d’être une richesse, et surtout elle constituerait une dépense publique épouvantable dans cette période de crise économique, de dette publique, et de crise sociale profonde. C’est donc une satisfaction certaine d’observer que le débat sur la valeur a besoin des critères capitalistiques pour être puissamment relayée. Mais est-ce le bon argument ?

 

Ce qui ne se mesure pas pécuniairement parlant n’aurait-il pas de valeurs ? Évidemment non !

 

Mon souhait pour cette année qui commence est celui-ci : qu’on ne ramène pas l’art et la culture à une seule valeur numéraire, budgétaire, mais qu’on mesure la grandeur de la rencontre artistique à la trace éphémère et néanmoins durable qu’elle laisse dans le cœur des hommes.  Mon désir le plus ardent est d’entendre des hommes et des femmes publics au plus haut niveau de l’État, au plus hautes fonctions publiques et privées, parler des choses de la culture sans se contenter du mot comme une formule obligatoire, mais en prendre le sens pour en nourrir l’action quotidienne. Bref, qu’ils soient les passeurs qui montrent par leur parole quotidienne, que la culture est une richesse de chaque instant et qu’elle est profondément nécessaire à la démocratie.

 

Christiane Taubira a montré la voie en 2013, belle année de ce point de vue, où l’on a vu le débat politique se nourrir de la référence littéraire, culturelle, artistique. On voudrait qu’il y ait beaucoup de paroles aussi fortes que la sienne qui se déploient dans l’espace public du débat démocratique….

 

Bonne année, donc !

 

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