Biennale de Venise. Clap fin de l’édition 2013

La biennale de Venise est l’exact contraire de ce qu’a provoqué chez moi  la FIAC quinze jours plus tôt. Elle se clôture ce 24 novembre. Petit retour en arrière suite à une visite tardive. A Paris, une impression de répétition, de déjà vu, d’ultra connu, et un environnement public surfait et m’as-tu-vu ; à Venise, un esprit  de découverte, de curiosité, de prise de risque artistique, avec un public (de novembre) avide, jeune, international.

L’abondance de Venise apprend évidemment à relativiser,  et dans la masse, je retiens entre cinq à dix propositions comme, intéressantes, marquantes, renversantes, passionnantes ;  la promenade dans la biennale, avec maintenant  une certaine habitude de fréquentation,  amène à une forme de sélection rapide dans le regard ; je ne perds plus le temps du début, je vais à l’essentiel. Je suis un peu chez moi et mon regard trouve ce qu’il cherche.

Les pièces marquantes sont souvent des installations complexes qui ne peuvent évidemment pas avoir leur espace de présentation sur le marché de l’art ; la vidéo est majoritaire dans les œuvres marquantes (France, Grèce, Argentine) alors qu’elle était quasi absente de la FIAC. Ces deux éléments distinctifs sont importants et, en rapprochant les deux événements, il y a lieu de les penser dans leurs différences respectives. En définitive, la biennale me passionne et la FIAC commence à m’ennuyer. Il est vrai que je suis un peu novice dans le champ de l’art contemporain, dans lequel je navigue depuis seulement dix ans. Ma curiosité a besoin de découverte, de surprise, de plaisir. Je suis moins pointu dans mon regard que dans le domaine du spectacle vivant, et, pourtant, en me sentant moins pointu, moins professionnel,  je me sens encore plus attiré par l’aventure, le risque artistique, la recherche des formes nouvelles….

pavilonfrançais2La proposition française avec Anri Sala (« Ravel, Ravel , Unravel ») construite autour d’un triptyque vidéo / son a suscité les larmes des spectateurs de Novembre. Le public, pour sa grande majorité, et malgré l’inconfort d’accueil du pavillon français, a vécu l’œuvre dans son intégralité, dans une écoute et observation  quasi religieuse. Centré autour de l’œuvre de Ravel, concerto pour la main gauche pour piano et orchestre datant de 1930, ce triptyque vidéo suscite l’étonnement et le doute, l’admiration et le silence,  pour entraîner la surprise et la découverte, au final.  Moment magique. Comme si la main gauche mourrait d’épuisement… Je suis heureux de voir ainsi la vidéo susciter la curiosité et l’intérêt, comme Krzysztof Wodiczko il y a quelques années au pavillon Polonais.  Quand l’art vidéo fonctionne, quand il rencontre le public, il y a un phénomène qui se passe ; alors que classiquement le visiteur ne s’arrête que quelques secondes et continue son chemin, une œuvre vidéo aboutie suscite une forme de silence, d’arrêt, et malgré de mauvaises conditions fréquentes de réception de ces œuvres pourtant admirables, il y a comme une stupeur, un  arrêt : le regard change, la posture évolue. Le visiteur devient spectateur. Et à cet instant, le temps ne compte plus.

Il en est ainsi du pavillon argentin qui propose une pièce d’un tout autre genre…  ambiguë, autour de Eva Perón autour d’une forme de réhabilitation troublante, avec l’œuvre de Nicola Costantino dont la fascination naît de l’installation (époustouflante) plus que du propos qui navigue entre fascination et rappel historique. Le pavillon grec, lui, dans un registre narratif pur, propose une lecture de la crise grecque qui navigue entre la description d’une pauvreté dramatique et d’une universalité humaine.  Stefanos  Tsivopoulos propose ainsi,  lui aussi, dans  un triptyque (décidément très usité), un questionnement sur la valeur de l’argent : Un immigré africain, fouilleur de poubelles à Athènes,  cherchant les métaux pour les revendre… trouvera dans une poubelle un bouquet de fleurs  très spéciales constituées de fleurs en billets de banque à forte valeur faciale, réalisée par une vieille dame argentée et atteinte de troubles mentaux. Entre les deux, un étudiant en photographie capte avec son i pad, les scènes ainsi décrites. Une promenade grave, drôle, heureuse, triste et navrante. Tout à la fois. Et le bonheur du spectateur qui navigue de salle en salle et qui découvre le sens de la vidéo antérieure par la vidéo suivante. Et qui se sent bouleversé par cette narration si actuelle, si intemporelle, si humaine.

Le rapport à l’argent est également très présent dans le pavillon russe, surprenant, avec l’installation – performance  « Danäe » de Vadim Zakharov. Ici, pas de vidéo, mais une pluie d’argent que seules les femmes sont autorisées à ramasser pour alimenter la nouvelle pluie d’argent, comme dans le cercle vicieux de l’argent qui génère l’argent, la richesse, la richesse, la corruption, la corruption ? La  place réservée aux hommes, dans un espace « supérieure » à celui des femmes,  comme dans le conservatisme religieux qui sépare les hommes des femmes, incite à la rédemption : « Messieurs, le temps est venu de confesser notre narcissisme,… ». L’installation est spectaculaire, l’homme qui mange ses cacahuètes assis sur une poutre  est frappant, et il y a une forme de langueur dans ce propos qui génère évidemment une forme d’amusement ludique et de réel questionnement à la sortie.

joanaAu-delà de ces quelques moments, de ces visites de pavillons, et de ces artistes qui vous font rire, qui vous dérangent ou vous interpellent, on ne peut être insensible au travail de Joana Vasconcelos  qui, hors des Giardini, juste à la sortie, présente son travail en  transformant une navette fluviale en œuvre d’art à sa signature. Recouvert d’azulejos, l’intérieur du bateau évoque quant à lui les fonds de l’océan, mais peut-être des intérieurs moins poétiques mais tout autant obstrués.

Je salue enfin, dans ce qui m’a frappé dans le cadre de la biennale, l’ouverture de l’espace culturel  Louis Vuitton de Venise, qui présente, en écho à la restauration de l’œuvre « La mort d’Othello » de Pompéo  Molmenti,  une vidéo de Tony Oursler.  Je trouve dans cet espace, outre l’extrême qualité de la présentation des deux pièces, ce que je cherche partout ailleurs : une qualité de la médiation culturelle à faire damner tous les musées de service public du monde !

Et je ne parle pas ici des expositions à la pointe de la douane ou du Palazzo Grassi, dont je parle dans un autre article.

Venise restera Venise. Et cela vaut largement le grand palais !

 

 

 

 

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