Benoît Hamon :

Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle, évoque quelques aspects d’une politique culturelle, dans un entretien fleuve paru dans les Inrockuptibles, traitant largement d’autres sujets. Loin d’être un programme achevé, les aspects culturels révélés par le candidat issu du vote à la primaire de la gauche, tracent les premiers contours de propositions qui seront précisées ultérieurement, on imagine.

Peut-être se passe-t-il quelque chose avec cette nouvelle génération de candidats qui affirme un intérêt pour la culture, en raison de pratiques culturelles personnelles revendiquées (loin des Chirac, Sarkozy, Hollande qui n’ont jamais marqué le moindre intérêt pour les questions culturelles.) Comme Macron, Hamon se révèle un lecteur, un amoureux de la musique avec des goûts éclectiques, et un homme politique attentif à l’enjeu. Mais les goûts personnels n’ont jamais suffi à fonder une politique, dans quel que domaine que ce soit, d’ailleurs.

Il est cependant préoccupant de lire, parlant d’éducation artistique et culturelle, que l’Education nationale ne réussit pas à incarner cet enjeu car « elle laisse trop l’initiative aux collectivités territoriales » ; affreuse affirmation qui laisse entendre que seul l’Etat est en capacité de mettre en œuvre une telle politique après plus de 30 ans de décentralisation où les élus locaux se sont saisis de ces enjeux. Là où l’éducation artistique et culturelle est un tant soit peu développée et structurée, c’est là où une interaction souple et efficace a pu se mettre en place entre l’état et les collectivités. L’Etat est dans son rôle quand il définit un objectif de politique publique, il est à sa place quand il élabore le cadre – comme l’a fait le Haut Conseil à l’Education artistique et culturelle avec la charte de l’EAC – mais il n’est pas dans sa mission de faire à la place des autres qui savent être plus opérationnels et sont en contact naturel avec le secteur artistique. Car l’EAC repose sur des artistes et c’est leur présence qui différencie l’enseignement et l’EAC. Que Benoît Hamon cite en exemple d’éducation artistique, les matches d’improvisation – dont François Hollande s’est gargarisé pendant tout le quinquennat – sans voir la différence ontologique qu’il y a entre un exercice corporel et une pratique artistique, a de quoi interpeller ! La conférence du stage des avocats n’a jamais été un espace de création artistique, que je sache ! C’est pourtant bien de cela dont il s’agit.

L’idée annoncée dans cet entretien, d’un « grand projet » consacré à la langue française et à la francophonie, nécessite plus de détails sur les objectifs pour en comprendre le sens véritable. Le candidat a raison de faire de la langue et de la francophonie un enjeu, car il est au cœur du rayonnement culturel de notre pays dans le monde, et sans doute a-t-il été laissé un peu de côté ces dernières années. La question « grand projet » en revanche, interpelle toujours et fera inévitablement débat. C’est une façon d’affirmer une ambition, c’est une manière de revendiquer du grand, du beau, et de mobiliser des moyens conséquents, mais cela pose la question des choix à opérer. Faut-il un grand projet pour la langue française quand le réseau des médiathèques et bibliothèques est en bien grande fragilité dans notre pays ? Faut-il un grand investissement coûteux à plusieurs dizaines de millions d’euros, quand l’Etat peine à entretenir son parc de salles labellisées qui datent toutes de plus de trente ans et qui ont un besoin urgent de modernisation ? Eternelle question d’arbitrage qui a besoin de précision sur le fond pour juger de sa pertinence.

Quant au nouveau statut de l’artiste, là aussi proposé entre deux lignes, visant à s’adresser aux jeunes non encore intermittents « qui produisent une première œuvre et n’ont aucune protection liée à une œuvre antérieure », la réponse est insuffisamment précise et l’objectif mal formulé : et si tout simplement l’action publique était là, depuis longtemps d’ailleurs, pour soutenir l’émergence et la subventionner afin que les artistes soient payés, déclarés, et ainsi inscrits dans une démarche professionnelle ?

Enfin, dernier sujet, et non des moindres, la question des usages culturels nouveaux liés au numérique. Faut-il rappeler à Benoît Hamon que les impôts non payés par les GAFA ne font pas la rémunération des artistes, et que la question du droit d’auteur est parfaitement distincte de la question fiscale, même si elles symbolisent l’une et l’autre, les effets de la mondialisation ? Sans bien comprendre si le candidat est encore favorable à la réponse graduée inventée par Hadopi – qu’en son temps la gauche avait largement combattu au parlement – il est nécessaire que l’on rende « plus efficace les conditions dans lesquelles les artistes sont rémunérés. » Certes !

Que conclure de tout cela ? Qu’il sera intéressant de découvrir une approche plus globale, moins détaillée, et dont les objectifs seront ainsi plus lisibles. Et mon conseil restera le même à tous les candidats : la décentralisation a besoin d’être renforcée pour que la politique culturelle s’adapte aux priorités territoriales incarnées par les élus locaux ; la politique culturelle a besoin d’une ambition de moyens ; elle doit enfin réinventer ses cadres, casser ses modèles et viser les citoyens qui sont le cœur d’une démarche d’émancipation indispensable.

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