Amazon : attention à l’erreur de diagnostic.

La position dominante d’Amazon dans le système de la distribution des livres est à l’origine d’une affaire de voyous au sens propre du terme, dont les échos ont été nombreux. Les auteurs allemands et américains ont pétitionné à juste titre pour condamner ce rapport de force scandaleux entre le diffuseur, qui veut imposer aux producteurs – en l’occurrence les éditeurs – les conditions de vente du livre numérique. La résistance des éditeurs à ce modèle imposé par Amazon entraîne de la part de ce diffuseur globalisé le blocage des ventes des livres papiers en n’assurant plus la visibilité des livres et leur réassortiment, bref, en mettant en place une forme de censure économique pour qui ne suit pas le modèle du géant.

L’affaire est sérieuse et mérite réflexion. Mais il n’est pas sûr que la résistance de l’édition française au développement du livre numérique soit la bonne réponse.

Il est tout de même assez évident que la valeur marchande d’un livre numérique ne peut être celle d’un livre papier, hors format de poche. Les prix pratiqués par l’édition française pour les livres numériques semblent particulièrement élevés pour cet éphémère objet numérique. Cette façon de faire vise à considérer que le seul support véritable du livre reste le papier dont la valeur est une addition de coûts techniques, édition, papier, distribution, diffusion, en plus du droit d’auteur. Cette façon de faire vise à nier l’évidence de l’évolution technologique et à en refuser les effets, plus exactement à espérer les différer.

J’en surprendrai peut-être plus d’un en disant que ce qui devrait obséder les éditeurs, c’est la lecture, pas le support ! Que le modèle économique qui change doit permettre de vendre plus de livres, de mieux rémunérer les auteurs, et d’encourager ainsi la diffusion et la création de la littérature contemporaine. La nostalgie du support, qui conservera de nombreux adeptes, ne peut valoir comme stratégie économique durable. L’édition musicale a été anéantie par l’absence d’anticipation d’un modèle économique qui a été bouleversé en quelques années. Si la musique et la lecture ne sont pas des pratiques culturelles qui reposent sur les mêmes modes de consommation, il n’en demeure pas moins que le modèle de diffusion numérique modifie profondément le rapport au consommateur.

J’ai écrit sur ce blog, mon amour du libraire. J’ai disserté sur mon amour des livres. J’ai encore beaucoup à dire sur la découverte récente de la bibliophilie. Mais je suis aussi un acteur engagé dans la culture, et la seule exigence qui prime à mes yeux, est celle de l’accès pour que les barrières économiques et territoriales sautent, et que le travail des politiques culturelles se concentrent sur le symbolique, le culturel, le social. Je ne comprends pas cette attitude des éditeurs qui ne sautent pas sur l’occasion de mieux rémunérer leurs auteurs pour mieux les diffuser par voie numérique et pour ainsi renforcer la culture générale. J’aimerais que l’expérimentation de la diffusion numérique à prix très différencié du livre papier soit tentée pour en mesure l’impact éventuel. Evidemment, dans cette perspective, le pourcentage de l’auteur pour lui garantir ses droits, seuls coûts techniques de l’édition numérique, doit être absolument affirmé.

Jamais personne n’a réussi à empêcher une évolution technique de se déployer. Il vaut mieux la maîtriser que la refuser. C’est l’avenir de la culture qui est cause dans ce sujet. Et en attendant que le modèle ne change, continuons à soutenir les libraires, les seuls qui aiment les livres autrement que comme des produits commerciaux indifférenciés.

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